Raton-Liseur reading log for 2019 - Part II

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Raton-Liseur reading log for 2019 - Part II

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1raton-liseur
Editado: Out 16, 2019, 2:56pm

Here is the second half of my annual reading.

So far this year, I have made nice reading encounters. If I have to make a quick selection, I think I would mention:

Un Jour de chance et autres nouvelles by Hyun Jin-Geon, translated from Korean by Mi-Kyung Friedli and David Reichenbach
Lonesome Dove by Larry McMurtry, translated from English by Richard Crevier
La Constellation du chien by Peter Heller, translated from English by Céline Leroy
Un Océan, deux mers, trois continents by Wilfried N'sondé
L'Indésirable by Louis Guilloux
La garçonne by Victor Margueritte
Quartier lointain, l’intégrale by Jirô Taniguchi, translated from Japanese by Kaoru Sekizumi and Frédéric Boilet
Capitaine Rosalie by Timothée de Fombelle



After these first six months, my reading pattern has slown down during the summer break, as it usually does (although a few short reads give an illusion of lengthy hours of reading).
Then, for the reaming of the year, the pattern will change again, as I will not use public transport any more for commuting, so I won't listen to as many books as I did. And, as I become more involved in the village library, I am reviving the habit of borrowing comics and graphic novels, so a few of them will appear now and then in the thread.
Let's see what these new trends will lead to. In any case, I am expecting, as usual, nice surprises and lots of variety and new horizons.

2raton-liseur
Editado: Jan 4, 2020, 11:10am

Currently reading
not relevant anymore.

3raton-liseur
Editado: Out 16, 2019, 1:52pm

Physical owned books read in 2019 versus Physical new books bought in 2019
Still with no reading plan, and in the midst of a change in reading habits, I continue with the sole objective I have set to myself this year: more owned books read than bought.
As I am quite behind recording both my reading and my purchases, I have more or less no clue where I stand.

So far this counter has been a farily good reminder of my comparative reading pace and purchasing pace, and I feel I have slowned down on impulsive purchases (except from time to time, when I relapse) and in putting new titles on my "maybe one day, why not" list.
I have found myself a couple of weeks ago leaving a bookshop with only one book to read (and I started it the following day). I should be fair and mention I had a purchasing spree a few weeks before at the "night of the book" in my neighbouring village, where there are more used books shops than inhabitants...), but hey, I did not say I wanted a full recovery, just being mindful of my patterns. (and as usual, observation modifies the behaviour...).

Anyway, for what it's worth, here is my counter, as a personnal reminder:

4raton-liseur
Editado: Out 23, 2019, 10:18am

Physical books and ebooks read in 2019 (Summer)
July
Un peu de nuit en plein jour - Erik L’Homme
Les milles oiseaux d’Hiroshima - Eleanor Coerr ; traduit de l'anglais par Frédérique Fraisse
16. Hôtel de la baleine, extrait de Moby Dick - Herman Melville ; traduit de l'anglais par Théo Varlet
17. Sucre noir - Miguel Bonnefoy
L’Elfe et les égorgeurs - Jean-Philippe Jaworski
Lettre à l’Humanité - Florent Lenhardt
18. Dans la nuit Mozambique - Laurent Gaudé
19. Sois forte Lucia - Marie José Basurco
Quai d’Orsay : Chroniques diplomatiques, tomes 1 et 2 - Christophe Blain (scénario et illustrations) et Abel Lanzac (scénario)





August
Le Vol du Corbeau, tomes 1 et 2 - Jean-Pierre Gibrat
Le Combat ordinaire, tomes 1 à 4 - Manu Larcenet
20. L’Homme illustré - Ray Bradbury ; traduit de l’anglais par C. Andronikov et Brigitte Mariot
21. Les Vestiges du jour - Kasuo Ishiguro ; traduit de l’anglais par Sophie Mayoux
En Finir avec Eddy Bellegueule - Edouard Louis



September
Seuls, cycle 1 (tomes 1 à 5) - Fabien Vehlmann (scénario) et Bruno Gazzotti (illustrations)
Seuls, cycle 2 (tomes 6 à 9) - Fabien Vehlmann (scénario) et Bruno Gazzotti (illustrations)
La Vie silencieuse de la guerre - Denis Drummond
L’Ecorce des choses - Cécile Bidault

5raton-liseur
Editado: Jan 4, 2020, 12:29pm

Physical books and ebooks read in 2019 (Autumn)
October
Ida Brandt - Herman Bang ; traduit du danois par Elena Balzamo
Notre Mère la Guerre, tomes 1 à 4 - Kris (scénario) et Maël (illustrations)
22. Girl - Edna O’Brien ; traduit de l’anglais par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat
23. Monkton le Fou - Wilkie Collins, traduit de l’anglais par Eric Chédaille
24. Prends soin de maman - Kyung-sook Shin ; traduit du coréen par Jeong Eun-jin et Jacques Batilliot
L’Envolée sauvage, tomes 1 à 4 - Laurent Galandon (scénario), Arno Monin (illustrations des tomes 1 et 2) et Hamo (illustrations des tomes 3 et 4)
25. Une Odeur de gingembre - Oswald Wynd ; traduit de l'anglais par Sylvie Servan-Schreiber



November
26. The handmaid's tale - Margaret Atwood
27. Le Secret de Grand-Père - Michael Morpurgo ; traduit de l’anglais par Michael Foreman
Nevermoor, tome 1: Les défis de Morrigane Crow - Jessica Townsend, traduit de l'anglais par Juliette Lê et Isabelle Chapman
De Cape et de Crocs, tomes 1 à 10 - Alain Ayroles (scénario) et Jean-Luc Masbou (illustrations)
28. Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon - Jean-Paul Dubois
Iffig : En avant la musique ! - Pascal Stervinou (scénario) et Yves Cotten (illustrations)
29. Sur les ossements des morts - Olga Tokarczuk, traduit du polonais par Margot Carlier
Leonid, Les Aventures d’un chat, tome 1: Les deux albinos - Frédéric Brrémaud (scenario) et Stefano Turconi (illustrations)
30. Le Hussard - Arturo Pérez-Reverte ; traduit de l’espagnol par François Maspero
31. Longue journée sur le Mékong - Na-mi Choi (texte) et Sinae Joe (illustrations) ; traduit du coréen par Evelyne Bernard-Guelle





December
32. Il pleuvait des oiseaux - Jocelyne Saucier
33. Le Dernier Frère by Nathacha Appanah
L’Enfant cachée - Loïc Dauvillier (texte) et Marc Lizano (illustrations)
Les Heures rouges - Leni Zumas ; traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch
34. Les Pêcheurs - Chigozie Obioma ; traduit de l’anglais par Serge Chauvin
Gisella et le Pays d’Avant - Mordicai Gerstein ; traduit de l’anglais par Michelle Nikly

6raton-liseur
Editado: Out 23, 2019, 11:43am

Physical books bought or received in 2019 (Summer)
July
bought, new
20. Bluff - David Fauquemberg
21. Contes du Pays basque - Michel Cosem
22. Docteur, un cheval vous attend, Mémoires d'un médecin du Pays Basque - André Dufilho
23. Sois forte, Lucia - Marie José Basurco
24. Grand-Mère Soleil - Anne-Marie Lagarde

bought, second hand
Dernier Noël de guerre - Primo Levi, traduit de l’italien par Nathalie Bauer
Les Vestiges du jour - Kazuo Ishiguro
Capitaine Conan - Roger Vercel

received in exchange for a review
Hôtel de la baleine, extrait de Moby Dick - Herman Melville, traduit de l'anglais par Théo Varlet



August
bought, second hand
Ramuntcho - Pierre Loti
Retour à Killybegs - Sorj Chalandon
Ne Tirez pas sur l’oiseau moqueur - Harper Lee, traduit de l’anglais par Isabelle Stoïanov
Le Cheminot - Jirô Asada, traduit du japonais par Yukiko et Didier Chiche-Triller
La Troisième Balle - Leo Perutz, traduit de l’allemand par Jean-Claude Capèle
Une Odeur de gingembre - Oswald Wynd, traduit de l’anglais par Sylvie Servan-Schreiber
La fenêtre panoramique - Richard Yates, traduit de l’anglais par Robert Latour

received in exchange for a review
Un peu de nuit en plein jour - Erik L’Homme
La Vie silencieuse de la guerre - Denis Drummond



September
received in exchange for a review
Ida Brandt - Herman Bang


Note: Striken titles are books that I am reading or have read after having bought them.

7raton-liseur
Editado: Jan 4, 2020, 12:23pm

Physical books bought or received in 2019 (Autumn)
October
bought, new
25. Girl - Edna O'Brien, traduit de l’anglais par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat
26. Vie de ma voisine - Geneviève Brisac
27. Une paysanne russe - Léon Tolstoï, traduit du russe par Anne Coldefy-Faucard
28. Sur les ossements des morts - Olga Tokarczuk, traduit du polonais par Margot Carlier
29. The handmaid's tale - Margaret Atwood
30. Capitaine Rosalie - Timothée de Fombelle

bought, second hand
On s'est déjà vu quelque part ? - Nuala O'Faolain, traduit de l'anglais par Julia Schmidt et Valérie Lermite
Soudain, seuls - Isabelle Autissier
L'Exil de la terre - Pär Lagerkvist, traduit du suédois par Vincent Fournier et Jacqueline Le Bras
Bran Ruz - Claude Auclair et Alain Deschamps

picked in the village "boîte à livres", second hand
Monkton le Fou - W. Wilkie Collins, traduit de l’anglais par Eric Chédaille



November
La Servante écarlate - Margaret Atwood, traduit de l'anglais par Sylviane Rué
31. Le Mystère du Hareng Saur - Jasper Fforde, traduit de l'anglais par Jean-François Merle
32. Les Pêcheurs - Chigozie Obioma, traduit de l'anglais par Serge Chauvin
33. Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon - Jean-Paul Dubois
34. La Marche du mort - Larry McMurtry, traduit de l'anglais par Laura Derajinski
35. Le Labyrinthe de Pan - Guillermo del Toro et Cornelia Funke, traduit de l'anglais par Christophe Rosson

received in exchange for a review
Longue journée sur le Mékong - Na-mi Choi (texte) et Sinae Joe (illustrations) ; traduit du coréen par Evelyne Bernard-Guelle



December
bought, new
36. La Porte - Magda Szabó ; traduit du hongrois par Chantal Philippe
37. La Marche de Radetzky - Joseph Roth ; traduit de l'allemand par Blanche Gidon
38. Les énigmes d’Aurel le Consul, tome 1 : Le Suspendu de Conakry de Jean-Christophe Rufin

received in exchange for a review
La Fille des neiges - Aleksey Zuev ; traduit du russe par Louis Léger

Christmas presents
Face de Lune - Jack London ; traduit de l'anglais par Louis Postif
Construire un feu, d'après la nouvelle de Jack London - Christophe Chabouté





Note: Striken titles are books that I am reading or have read after having bought them.

8raton-liseur
Out 16, 2019, 1:22pm

Reserved for possible future use.

9rocketjk
Out 16, 2019, 1:36pm

J'espère que vous apprécierez tout ce que vous lisez pour le reste de l'année!

(All errors--in fact pretty much the whole sentence--may be ascribed to google translate.)

10raton-liseur
Editado: Out 16, 2019, 1:40pm

>9 rocketjk: Thanks for visiting this still-under-construction thread!
Google translate did a fine job for once, but don't worry, comments in English are always more than welcome!

And yes, the second half od the year already includes some nice reads, I'm quite lucky with what I pick those days!

11rocketjk
Editado: Out 16, 2019, 2:03pm

>10 raton-liseur: "comments in English are always more than welcome!"

Sure, I know. But I wanted to get into the swing of things for my first post here. Laissez le bon temps rouler!

12raton-liseur
Out 16, 2019, 3:28pm

>11 rocketjk: Thanks for the swing then.
And I've always loved the poetic charm of literal translations, so thanks for this one, that I can add to my collection!

13raton-liseur
Out 16, 2019, 4:40pm

97. Le Lambeau - Philippe Lançon ; lecture de Denis Podalydès
(Not translated into English)

Il est difficile de prendre la parole après avoir lu un tel livre. Témoignage de première main de l’attentat perpétré contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, il n’appelle pas beaucoup de commentaires. Mais je ne veux pas non plus me retrancher derrière un respect de façade. Les morts de Charlie Hebdo étaient assez irrévérencieux pour qu’on ne leur inflige pas cela. Alors je dirai ce que j’ai à dire.
Et ce que j’ai à dire, c’est que ce livre, que j’ai écouté d’une traite, m’a tenue en haleine de bout en bout. Rien de malsain, au contraire, en restant très factuel dans son écriture, sans fioriture ni digression, ne parlant que de ce qui s’est passé, ou plus exactement de la façon dont il a perçu les choses, Philippe Lançon livre un témoignage auquel il est difficile de rester indifférent.
Le sujet était plein d’écueils. Le voyeurisme, la larmoyance, la thérapie personnelle jetée en pâture sur les tables des librairies. Ce livre n’est rien de tout cela. Ce n’est pas non plus un roman ou une œuvre d’une qualité ou d’une originalité littéraire folles. Mais c’est un témoignage sans équivalent, dont la lecture devrait être plus répandue. Et ce qui m’a le plus marqué, c’est l’absence de haine ou de désir de vengeance. C’est un homme en lambeaux, qui a beaucoup perdu de lui-même ou de sa vie, mais c’est un homme debout qui écrit. Et c’est un livre à dresser sur les étagères d’autant de bibliothèques que possible.

14raton-liseur
Editado: Abr 8, 2020, 8:29am

98. Un peu de nuit en plein jour - Erik L’Homme
(Not translated into English)



Je me dis souvent que mon existence me prive de vrais vents, de vraies pluies et de soleil, de montagnes épargnées, de fleuves clairs et de forêts, alors que tout ça a été fait pour moi. Qu’elle m’oblige à de grands efforts pour rester debout, quand tout autour se conjugue pour me faire baisser la tête et plier le genou. Qu’il y a sûrement une meilleure manière de vivre...
(p. 35-36, Chapitre 5, “Les Songes du chamane”).

En vérité, Féral pense que c’est trop tard, que les jeunes qui se sont révoltés avant eux, quand il était encore temps, se sont trompés de révolte – c’est facile d’exiger que tout change alors qu’on n’est pas prêt à changer soi-même. La couleur du ciel, ce n’est pas un problème extérieur mais une affaire intérieure. A quoi bon le soleil si les cœurs ne sont pas prêts à l’accueillir ?
(p. 38-39, Chapitre 6, “Le cœur en brasier”).

Qu’est-ce qu’on se sent un lecteur privilégié lorsqu’une maison d’édition nous confie un libre à lire et à commenter avant même sa parution en librairie. Et les éditions Calmann-Lévy m’ont gâtée, avec ce livre d’Erik L’Homme, que je connaissais comme auteur jeunesse et que j’étais curieuse de découvrir dans un nouveau genre, celui de la littérature adulte, ici mâtinée d’anticipation ou de dystopie, je ne trancherai pas.
Le résumé laisse entrevoir un univers violent et cela m’a d’abord freinée, mais je suis contente d’avoir finalement osé ouvrir la première page de ce livre, car il n’en est rien. Le monde dans lequel on rentre est effectivement un monde violent, mais parce que les conditions de vie ont l’air d’y être difficiles. On ne saura pas grand-chose de ce qui a rendu notre monde si sombre et si décadent, si stratifié et si fataliste. Mais ce n’est pas ce qu’Erik L’Homme veut nous conter. Comme souvent dans ses livres, c’est aux personnages qu’il s’intéresse, pas à l’environnement dans lequel il les place et qui lui sert avant tout de révélateur plutôt qu’être une fin en soi. Et les personnages de ce roman pourtant très courts ont une profondeur et une complexité qui en font plus que des personnages de papier.
J’ai aimé accompagner ces personnages pendant quelques jours, Féral costaud au cœur rêveur, Livie frêle jeunette qui ne s’en laisse pas compter et même Clarisse dans son mélange d’égoïsme et de nostalgie. Des destins qui se croisent, dans un livre qui ressemble plus à une longue nouvelle, de celles qui prennent un personnage au milieu d’une action pour le laisser au milieu d’un autre mouvement, nous laissant, à nous lecteurs, le soin d’écrire la suite.
Comme cela m’est déjà arrivé avec des romans de cet écrivain, même une fois le livre refermé, j’ai du mal à savoir quel est le message qu’il veut me transmettre, la thèse qu’il y a au fond de son livre. Peut-être tout simplement n’y en a-t-il pas vraiment. Il nous donne à voir des personnages, leur vie, leurs aspirations plus ou moins explicites en même temps que leur trivialité et leurs compromissions, et c’est déjà beaucoup. Pas de thèse, mais des hommes et des femmes, dans leur réalité et leur complexité, toujours les mêmes mécanismes même si ce monde de demain n’a pas l’air très beau à voir. Il y a beaucoup d’empathie dans l’écriture d’Erik L’Homme, chaque personnage a l’attention de l’auteur, chaque personnage prend véritablement vie sous les yeux du lecteur, et ce sont des personnages qui restent présents bien longtemps après que l’on ait tourné la dernière page du livre.
Un très beau roman, qui se lit facilement mais reste fort et marquant. Une incursion hors de la littérature adulte, mais toujours aux frontières du demain qu’il affectionne, et, encore une fois, une écriture riche et pleine d’empathie, c’est ce que je retiendrai de ces quelques belles heures de lecture.

15raton-liseur
Out 17, 2019, 3:06pm

99. Le Grand Marin (extraits) - Catherine Poulain ; adaptation de Guillaume Polx, lecture de Sullane Brahlm
(Not translated into English)

Ce livre a eu beaucoup de succès lorsqu’il est sorti, puis lorsqu’il a été édité en poche. Prix littéraires, succès critique et public. Et moi je suis là, avec ce livre, et… rien. L’histoire avait tout pour me plaire, des embruns, du travail à la dure, des amitiés rudes… Et pourtant, rien du tout, je suis complètement passée à côté, je n’ai rien ressenti. Je ne saurais pas dire exactement pourquoi, peut-être parce que j’ai lu quelque chose de beaucoup plus prenant avant cela, ou tout simplement parce que ce n’est pas un roman pour moi.

16raton-liseur
Editado: Out 20, 2019, 3:11am

100. La Chouette blanche - Monica Sabolo ; lecture de Monica Sabolo
(Not translated into English)

Un opus original pour des thèmes classiques de la littérature enfantine : l’intégration à l’école, les amours enfantines, les rivalités entre enfants et les crasses des cancres.
Mais ici, un safari à la chouette blanche dans les squares de Paris donne une tournure inhabituelle et pourtant très proche à l’histoire. Une jolie réussite, qui peut permettre d’aborder avec les enfants certains thèmes compliqués de leur vie de grand petit ou de petit grand.

17raton-liseur
Editado: Out 17, 2019, 3:09pm

101. Les mille oiseaux d’Hiroshima - Eleanor Coerr ; traduit de l’anglais par Frédérique Fraisse
(Translated from the English Sadako and the Thousand Paper Cranes)



Je m’étais lancée dans un projet origami avec mes élèves à la fin de l’année dernière. La légende des mille grues étant plutôt connue, j’ai eu la bonne idée de leur lire cette histoire. Bonne idée, c’est vite dit… Je me suis retrouvée en pleurs devant les enfants, et j’ai eu bien du mal à finir l’histoire.
Parce que c’est une histoire vraie que celle de Sadako. Cette petite fille qui adore l’école et le sport, cette petite fille pleine de vie. Mais cette petite fille qui vit à Hiroshima et qui a deux ans le 6 août 1945.
Ce n’est que 9 neuf plus tard que la maladie se déclare, une leucémie qui l’emporte en une année. Mais, loin de se laisser abattre, Sadako s’accroche à la légende traditionnelle qui veut que si l’on réalise mille grues on peut faire un vœu. Elle ne put en confectionner que 644 avant d’être emportée, et c’est tout cela que ce livre raconte. L’espoir et le courage, puis plus tard l’acceptation de la mort, voir la tristesse dans les yeux de ceux que l’on sait que l’on laissera derrière.
C’est un livre pour enfant, et tout est écrit à hauteur d’enfant, dans un langage simple mais qui jamais ne heurte. On est enveloppé dans la même douceur que celle dont les parents et la famille de Sadako l’ont entourée. C’est un merveilleux livre pour les enfants qui commencent à comprendre que le monde n’est pas un conte de fée, que toutes les histoires ne finissent pas bien.
Je ne suis pas certaine que je renouvellerai l’expérience de le lire à haute voix. Même préparée, même sachant ce qu’il va arriver, je ne suis pas sûre que je saurai mieux, la prochaine, maîtriser ma voix et mes larmes. Mais c’est un livre que je peux conseiller les yeux fermés à tous les enfants à partir de 10 ou 12 ans. Très beau, très touchant, un superbe texte, intelligemment traduit par Frédérique Fraisse et accompagné des jolis dessins géométriques et colorés de Julie Mercier pour l’édition que j’ai empruntée à M’ni Raton.
Envolez-vous, petites grues, allez voler très haut dans le ciel à la recherche du rire perlé des petites filles parties trop tôt.

18raton-liseur
Out 20, 2019, 3:50am

102. Hôtel de la baleine, extrait de Moby Dick - Herman Melville ; traduit de l’anglais par Théo Varlet
(Translated from the English Moby Dick)



J’étais toute contente de recevoir ce livre dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas lu de livre de Melville, c’était une bonne occasion de côtoyer à nouveau cet auteur.
Cette joie fut à la hauteur de la déception lorsque je reçus le livre et que je m’aperçus en le feuilletant, qu’il s’agit en réalité d’un extrait de Moby Dick. Certes, je n’ai pas lu Moby Dick, pas encore, mais je préfère lire l’œuvre dans son intégralité plutôt que de lire comme cela, de façon isolée, les chapitres 3 et 4, d’autant que le découpage est assez étrange et l’extrait se finit de façon assez abrupte.
Je suis bien consciente que cette note de lecture ne parle pas du contenu du livre, mais il y a peu à dire sur un extrait d’une vingtaine de pages d’une œuvre par ailleurs monumentale. Mais décidément, c’est le projet éditorial qui me pose question. Je n’arrive pas à comprendre ce que les éditions de L’Herne ont cherché à faire avec cette collection (car il s’agit bien d’un livre qui appartient à une des collections de la maison, la collection « Carnets »), d’autant qu’il ne s’agit pas non plus d’une traduction revisitée, puisque celle présentée ici est l’œuvre de Théo Varlet, que l’on voit souvent cité dans les livres électroniques tombés dans le domaine public.
Visiblement, je ne suis donc pas le type de lecteur cible pour cette collection, et j’en suis toute attristée car je me dois tout de même de remercier les éditions de L’Herne pour ce petit opuscule, et j’aurais aimé apprécier le gentil cadeau qu’ils m’ont fait.

19raton-liseur
Out 20, 2019, 3:53am

103. Sucre noir - Miguel Bonnefoy
(Translated into English as Black Sugar)



C’était le poche du mois dans ma librairie préférée. D’habitude je ne suis guère sensible à ce genre d’argument, mais là, en voyant la couverture, je me suis dit que c’était un livre pour moi ou bien je ne m’y connaissais pas. (Et puis j’avais entendu, il y a longtemps, un entretien avec cet auteur, à propos d’un autre livre, celui de l’escalade puis de la descente d’un tepuy, et je m’étais promis de lire ce livre ou un autre de cet auteur).
Miguel Bonnefoy est un écrivain vénézuélien, et son livre s’inscrit dans la veine du réalisme magique que le sous-continent sud-américain a offert à la littérature. Ce livre est une fresque familiale un peu réaliste et beaucoup affabulée comme on peut en lire sous la plume de nombreux auteurs de cette région du monde.
Miguel Bonnefoy n’a pas la profondeur d’un Garcia Marquez ni l’âme rêveusement nostalgique d’un Sepulveda, mais il donne ici au lecteur tous les ingrédients d’un bon divertissement. Un livre léger qui ne laissera pas beaucoup de trace, certes, mais un moment de lecture très agréable, plein de dépaysement et de surprise. Il me semble que l’on est plus proche, dans l’intention littéraire, d’une Laura Esquivel par exemple.
En tout cas, j’ai passé un bon moment entre recherche d’un trésor et vie d’un petit village de la campagne sucrière vénézuélienne. Un roman que j’ai lu au début de l’été, et c’était une bonne façon d’accueillir les beaux jours avec ce livre plein de soleil et d’une énergie communicative. Un roman « bon-pour-le-moral » (je n’aime pas les anglicismes, les romans « feel good », ce n’est pas pour moi) comme je les aime !

20raton-liseur
Out 23, 2019, 9:46am

104. L’Elfe et les égorgeurs - Jean-Philippe Jaworski
(Not translated into English)



Une nouvelle gratuite propose par l’éditeur numérique de Jaworski pour faire découvrir cet auteur. M’sieur Raton a un gros livre de lui sur les étagères, je voulais me rendre compte de ce qu’il en était avant de peut-être, un jour, m’attaquer à son fameux Gagner la guerre.
Eh bien je dois dire que j’ai passé un bon moment, je me suis bien amusée avec cette histoire assez bien vue et originale où le plus fort n’est pas forcément celui qu’on croit. Un texte qui s’inscrit dans la lignée des contes, mais qui dépoussière sérieusement le genre ! Difficile d’en dire plus sans enlever tout le plaisir d’une lecture à venir. Mais puisque la nouvelle est courte et gratuite, il n’y a vraiment aucune raison de bouder son plaisir !

21raton-liseur
Editado: Out 23, 2019, 9:47am

105. Lettre à l’Humanité - Florent Lenhardt
(Not translated into English)

Alors là, Humanité, je dois être honnête. Qu’une révolution ait lieu ne me surprenait pas plus que cela, l’incapacité des habitants du Dôme à comprendre leur précarité me l’avait déjà laissé craindre et j’y étais donc préparé. (…) Ce qui m’inquiétait, c’était de protéger les pompes géothermales, car lorsque la révolte prendrait fin, et même si la régence venait à changer, il leur faudrait des pompes en état de marche ; ou ils mourraient tous. Alors mon chef (…) m’annonça que la marée humaine, délirante et hors de tout contrôle, se dirigeait massivement vers la surface. Et je compris qu’ils allaient chercher leur rêve, qu’ils allaient se l’octroyer que cela plaise à la régence ou non. (p. 10)

Le titre était attirant. Que dire à l’humanité lorsqu’elle survit péniblement sur une Terre qu’elle a elle-même rendu inhospitalière, intéressante question. Pourtant, je n’ai pas été convaincue par ce court livre électronique. Parce que le texte manque totalement de réalisme. Est-ce vraiment le moment de décrire ce que tout le monde sait (sauf le lecteur) ou sa vie personnelle qui n’a rien à faire dans une adresse à l’humanité toute entière. Plus des trois-quart de la lettre n’auraient pas dû être écrit. Et puis lorsque l’on comprend ce qui se trame enfin, on se demande par quelle magie cet homme a du papier et un crayon sur lui, et si vraiment c’est cela qu’il a faire à ce moment-là. D’accord pour le contrat de lecture et les petites entorses au réalisme qu’il peut impliquer, mais pas à ce point-là !
Je m’aperçois en relisant ce paragraphe que je ne parle pas du tout du contenu de la nouvelle, mais cela reflète bien le problème intrinsèque du texte : son manque de cohérence et de plausibilité m’en a rendu le message totalement inaudible.

22raton-liseur
Out 23, 2019, 1:24pm

106. Dans la nuit Mozambique - Laurent Gaudé
(Not translated into English)



Je m’attriste parfois en me demandant ce que l’on retiendra de la production littéraire française de notre époque. Et puis je lis Laurent Gaudé et je me dis que nous sommes sauvés. Voilà un écrivain qui transforme en littérature, et quelle littérature !, tout ce qu’il touche.
Je le découvre aujourd’hui pour la première fois à travers des nouvelles. Quatre longues nouvelles dans ce recueil, qui évoquent des sujets chers à Laurent Gaudé, de la Première Guerre Mondiale à l’idée de ce qu’il reste du temps qui passe.
La prose y est claire, précise et aussi pleine de poésie. Les sentiments sont décrits ou suggérés dans leur complexité et leurs nuances. C’est une prose que l’on aime écouter parce que parfois elle berce, que l’on pourrait lire seulement pour la mélodie des mots. Mais il ne faut pas s’y laisser prendre, les idées sont toujours fortes, souvent dérangeantes, mais elles nous confrontent à notre humanité, dans ce qu’elle peut avoir de très noir comme dans ce qu’elle a de fragile. Des nouvelles contrastées, qui toutes ont leur place dans l’œuvre protéiforme de Laurent Gaudé, j’espère que la postérité en gardera trace.

23raton-liseur
Out 28, 2019, 3:11pm

107. Sois forte Lucia - Marie José Basurco
(Not translated into English)



Après des vacances très dépaysantes au Pays basque, j’ai eu envie de lire un peu de littérature régionaliste pour comprendre un peu mieux comprendre cette culture. J’ai quelques bouquins en réserve (et le conseil, que je ne suivrai pas, de ne pas lire Ramuntcho de Pierre Loti, que les locaux regardent avec plus que de la circonspection), et j’ai commencé par celui-là, en grande partie attirée par la couverture, je l’avoue.
Lucia, jeune fille issue de la bourgeoisie luzienne, a dès ses jeunes années, un tempérament bien trempé. Elle sait ce qu’elle veut, et elle ne laisse pas les conventions sociales se mettre en travers du chemin. Elle devient ainsi la femme du beau Mikel, lui aussi basque, mais du côté espagnol.
Cette configuration nous permet de passer dans tous les milieux (toujours dans la bourgeoisie, cependant, on ne saura rien des autres milieux sociaux), d’un côté de la frontière à l’autre, d’un engagement politique à l’autre.
Car nous sommes au début du XXème siècle, avec des soubresauts politiques (et plus que des soubresauts) dans toute l’Europe, et les premières velléités indépendantistes basques. On assiste aux engagements politiques des uns et des autres, par conviction ou par opportunisme, les calculs politiques censés servir la cause basque et les trahisons répétées auxquelles les basques se sentent exposés.
J’ai beaucoup aimé ce livre. Pourtant, j’ai parfois eu du mal avec le personnage de Lucia, cette femme, certes forte mais cantonnée à son rôle de gardienne du foyer (elle a des idées politiques, mais ça n’est pas à elle de les faire vivre, elle, elle a ses enfants et, entre les actions militaires, son mari). Et puis, finalement, j’ai eu l’impression que, loin de la politique, elle était aussi une sorte d’incarnation de l’âme basque (si celle-ci existe), celle qui assure la transmission de l’héritage, qui anime « l’eche » quels que soient les forces qui se déchaînent autour d’elle. C’est toujours une vision très sexiste du partage des tâches dans un foyer, mais l’histoire commence au début du XXème siècle, et le livre se veut ancré dans son temps.
Le livre est intéressant, donc, même si, en le refermant, je ne comprends toujours pas beaucoup plus d’où viennent les velléités indépendantistes de ce peuple (qui n’a pour ainsi dire jamais existé en tant qu’Etat), et pourquoi elles se sont réveillées à ce moment de l’histoire pour prendre un ton aussi revendicatif et définitif.
Une ballade que j’ai aimé faire dans ce pays basque si petit et si complexe, qui donne quelques clefs, même si mes faibles connaissances initiales ne m’ont probablement pas permis de saisir toutes les allusions de la narration aux évènements marquants de ces années-là. Il m’a fallu accompagner ma lecture de consultations fréquentes de wikipédia pour comprendre le contexte plus global, mais j’ai beaucoup appris, notamment sur le côté espagnol du mouvement indépendantiste et la façon dont il a été traité par le régime de Franco. Cela n’excuse pas le terrorisme, mais cela permet de comprendre notamment la frustration des Basques à différents moments de leur histoire récente.

24raton-liseur
Out 29, 2019, 3:19pm

108. Quai d’Orsay : Chroniques diplomatiques, tomes 1 et 2 - Christophe Blain (scénario et illustrations) et Abel Lanzac (scénario)
(Translated into English as Weapons of Mass Diplomacy)



Cette critique se rapporte aux deux tomes intitulés « Quai d’Orsay ».
Une bd qui m’avait intriguée à sa sortie, mais que je n’avais jamais eu l’occasion de lire. C’est chose faite depuis cet été. Les deux tomes sont très différents, le premier assez irrévérencieux, montrant un ministre des Affaires Etrangères brassant beaucoup de vent et dont les conseillers font tout le travail, tant de fond que pour essayer de donner un peu de consistance à ce vent. J’ai trouvé cet opus un peu trop monolithique pour être crédible, trop à charge pour être complètement honnête et cela m’a dérangée, dans un contexte de défiance croissante et parfois irraisonnée face au monde politique. Cette bd en devient presque complaisante, et c’est dommage.
Etrangement, le deuxième tome prend presque le contrepied. Si le personnage du ministre est tout aussi fantasque et adepte d’étranges concepts que lui seul semble comprendre, il a cette fois une vraie ambition et un vrai projet, qui compte parmi les rares heures de gloire de notre récente diplomatie, à savoir l’opposition ferme de la France à la seconde guerre en Irak. On retrouve ici, à peine déguisés sous des noms d’emprunt, les principaux acteurs de cette tragi-comédie mondiale, et cette fois, le ministre et la France qu’il représente ont le beau rôle. J’ai aimé ce deuxième tome, qui m’a replongée dans un épisode clef des années où j’étais vraiment au fait de l’actualité mondiale et où j’avais le temps de me forger de véritables opinions sur tout un tas de sujets, un épisode qui correspond aussi à une des dernières fois où j’ai vraiment été fière d’être française.
Mais encore une fois, le scénario de ce second tome est complaisant. Les Français sont plutôt unanimes, me semble-t-il par rapport à ce fameux discours à l’ONU. Et la bd ne donne aucun éclairage vraiment neuf ou original sur ce sujet, elle ne fait que conforter le lecteur dans la fierté dont je parlais plus haut, et tourne donc à vide.
Je suis donc plutôt déçue de ces deux tomes qui finalement sont aussi politiciens que la politique politicienne dont on se plaint. Un bon exemple de « Faites ce que je dis, pas ce que je fais » ?

25raton-liseur
Out 29, 2019, 3:22pm

109. Le Vol du Corbeau, tomes 1 et 2 - Jean-Pierre Gibrat
(Not translated into English)



Cette critique se rapporte aux deux tomes intitulés « Le Vol du Corbeau ».

Une histoire complètement irréaliste, une héroïne d’une naïveté navrante. Pas la peine d’en dire plus, je n’ai pas accroché du tout à cette bande dessinée en deux tomes, avec ses dessins très travaillés mais qui ne rattrapent pas la faiblesse du scénario.

26raton-liseur
Out 29, 2019, 4:47pm

110. Le Combat ordinaire, tomes 1 à 4 - Manu Larcenet
(Translated into English as Ordinary Victories)



Cette critique se rapporte aux quatre volumes de la série de bande dessinée « Le Combat ordinaire ».
Tome 1 - Le Combat ordinaire
Tome 2 - Les Quantités négligeables
Tome 3 - Ce qui est précieux
Tome 4 - Planter des clous

Une bien jolie bande dessinée qui demande un peu de temps pour se laisser apprivoiser. Le personnage principal et sa petite dépression m’ont au début fait craindre le pire, mais, même s’il est très éloigné de moi, certaines de ses préoccupations, plusieurs de ses décisions et de ses indécisions m’ont semblé familières. Comme son nom l’indique, c’est un livre sur les petits défis que nous lance tous les jours la vie, ceux auxquels tout le monde ou presque est confronté et face auxquels on se sent souvent démuni et seul. Chaque tome aborde un sujet différent et pourrait presque se lire indépendamment, mais le personnage de Marco évolue au fil des tomes, mûrit, et une lecture dans l’ordre est donc souhaitable.
J’ai en particulier un faible pour les tomes 2 et 3, dans lesquels Marco doit faire face à la maladie de son père vieillissant qui perd la mémoire, puis à sa mort. La vie et la mort sont d’ailleurs intimement liés puisqu’en même temps Marco est témoin du désir de maternité grandissant de sa compagne. Tout cela avec un dessin bien moins simple qu’il n’y paraît au premier abord, et dont l’imperfection (maîtrisée) est tout en accord avec le sujet et le personnage.
Vie, mort, combat ordinaire d’une vie que l’on cherche à tout prix à réussir, sans bien savoir ce que cela veut dire, une vie à côté de laquelle on ne veut pas passer, qui est faite de petits riens, petites défaites et petites victoires, et l’on se demande si c’est seulement cela, la vie, alors que l’on avait tellement crû que c’était tellement plus.

27raton-liseur
Editado: Nov 3, 2019, 9:46am

111. L’Homme illustré - Ray Bradbury ; traduit de l’anglais par C. Andronikov et Brigitte Mariot
(Translated from the English The Illustrated Man)


Et suppose que ta femme y aille [sur Mars] ? Quel serait ton sentiment ? Tu saurais qu’elle a vu et pas toi ! Elle deviendrait une sainte. Tu aurais envie de la jeter dans la rivière. Non, Bodoni, achète la nouvelle concasseuse dont tu as besoin, fourre tes rêves dedans et réduis-les en pièces.
(p. 303, Nouvelle 17, “La fusée”).
M’sieur Raton avait été emballé par ce bouquin, alors je me suis laissée tenter. Etrange cette façon de relier des nouvelles entre elles, intéressante. Quelques nouvelles m’ont plu, d’autres m’ont intéressé, mais je n’ai pas été conquise par les mêmes que M’sieur Raton, et pas pour les mêmes raisons. Une preuve, s’il en est besoin, que la lecture est un acte personnel et que chacun lit un livre avec ce qu’il est, ce qu’il pense, et retire de cet acte quelque chose de différent. Et pour moi, la sensation que, à quelques exceptions près, la science-fiction n’est pas faite pour moi, même si ce livre ne m’a pas ôté l’envie de relire Chroniques martiennes à côté duquel j’étais passée étant plus jeune ou le grand Fahrenheit 451 qui m’avait beaucoup intriguée à l’époque. Patrimoine littéraire, et pas des moindres.

28raton-liseur
Out 30, 2019, 9:52am

112. Les Vestiges du jour - Kazuo Ishiguro ; traduit de l’anglais par Sophie Mayoux
(Translated from the English The Remains of the day)



Je ne sais pas vraiment pourquoi je n’ai pas lu ce livre plus tôt. Peut-être parce que l’argument est un peu fin : les états d’âme d’un majordome anglais. Un peu d’a priori de ma part aussi : qu’est-ce qu’un auteur japonais peut bien avoir à dire d’intéressant à ce sujet ?
Et pourtant… D’abord, Kasuo Ishiguro a certes un nom japonais, mais connait l’Angleterre bien mieux que moi. Ensuite, je suis de ces lecteurs qui pensent qu’on n’a pas besoin d’être une femme pour écrire sur les femmes, d’être noir pour écrire sur les noirs, et caetera, et caetera. Il était donc plus que temps que je me décide enfin à lire ce livre.
Et ce fut une lecture absolument passionnante. Stevens est majordome, donc, dans un pays en pleine mutation. L’entre-deux-guerres voit la modernisation des modes de vie, de nouvelles fortunes se créer alors que la noblesse du sang n’est plus la garantie qu’elle était. Dans ce monde qui change vite et à plus d’un titre, Stevens, comme son père avant lui, réalise un métier qui incarne tout ce qu’était l’ancien monde, avec sa hiérarchie sociale tellement claire et immuable que c’en était presque rassurant.
Au soir de sa vie, alors que le changement de propriétaire de la maison à laquelle il est attaché le déstabilise au-delà de toute mesure (une fortune récente, et américaine de surcroît, rien ne l’avait préparé à cela…), Stevens part pour la première fois en voyage. Il prend certes l’excuse d’aller rendre visite à une ancienne connaissance qu’il pourrait recruter pour le compte de son nouveau patron, mais ce n’est qu’une excuse, plus ou moins consciente, qu’il se donne plus ou moins consciemment pour prendre les premières vacances de sa vie, lui le majordome qui s’est toujours voulu irréprochable.
Et ces vacances sont l’occasion de laisser ses pensées suivre leur cours. Les souvenirs du passé, notamment du temps où Miss Kenton était gouvernante et où d’autres choix de vie s’offraient alors encore à lui, mais aussi une réflexion sur ce qu’il a appris de toutes ces années entièrement dédiées au service d’un autre. Et étrangement, ce long monologue d’un personnage qui semble si loin de moi, de mon mode de vie, de mes préoccupations, devient vite passionnant.
Le personnage de Stevens, au fur et à mesure où il se dévoile montre une complexité croissante. Il a fait du dévouement propre à son métier une éthique, une philosophie presque, à laquelle il a longuement réfléchie, qu’il a peaufinée au fil de ses expériences et de ses années de service. Il fait de sa place obscure dans la société, noble parmi les domestiques, mais quantité négligeable aux yeux de ceux qu’il sert, toujours dans l’ombre, mais responsable de beaucoup tout ce qui ne se remarque pas, ou ne doit pas être remarqué. Etrange satisfaction que celui dont le travail est réussi quand personne ne le remarque et ne songe donc même peut-être à l’en remercier ou l’en féliciter.
Mais ce n’est pas là le seul intérêt de ce livre. En effet, je me suis aperçue que, quelle que soit la distance qui me sépare de cet homme, et elle est grande, ses préoccupations peuvent faire écho aux miennes de bien des façons. Car Stevens a des principes et a modelé sa vie autour de ces principes, parfois même sacrifiant ses désirs personnels à la fidélité à ces principes. Je ne suis pas aussi âgée que Stevens, ce n’est pas encore toute ma vie, ni même j’espère la moitié de ma vie, qui est derrière moi, mais je me prends souvent à réfléchir à comment mes principes ou, pour être plus positive, mes valeurs, interagissent avec ma vie. Et surtout, je crois, cela m’a amenée à me poser des questions sur ce qu’est une vie réussie lorsque l’on mène une vie obscure, dans l’ombre des grands évènements, des grandes décisions, des grandes avancées.
Ce livre explore ces questions complexes, et le personnage de Stevens est émouvant, d’autant qu’on ne sait à aucun moment à quel point il est convaincu par son propre discours d’une vie réussie dans l’ombre de celles des autres ou si ce discours est une façade, une histoire qu’il se raconte à lui-même pour tenter de masquer à ses propres yeux la vacuité de sa vie.
C’est un très beau livre, écrit dans une langue très maitrisée, en accord avec ce personnage qui se contrôle tout le temps. Un plaisir à lire, en laissant les phrases rouler sous la langue, un pincement au cœur pour ce personnage aussi vrai que nature, et qui dit beaucoup sur lui-même et sur ce que beaucoup d’entre nous pouvons être.
Je ne sais pas si je lirai à nouveau des livres de Kazuo Ishiguro. J’ai fini par lire celui-là parce que je ne pouvais ignorer plus longtemps son prix Nobel, après quelques années d’attentisme parce que ce prix correspond moins à mes goûts littéraires que par le passé. Je ne sais pas si j’en lirai d’autres, car celui-là me semble assez unique dans son œuvre, mais même si je m’arrête là, ce fut un délicieux moment de lecture, plein de réflexion et de retenue à l’anglaise, comme cet homme sur la couverture si bien choisie par l’éditeur, un homme de dos, dont on ne connaitra pas le visage, juste son attitude irréprochable qui est toute sa gloire et son honneur.

29raton-liseur
Out 30, 2019, 11:13am

113. En Finir avec Eddy Bellegueule - Edouard Louis
(Translated into English as The End of Eddy)



En regardant mes élèves, en réfléchissant à ce que j’ai fait de mes études, de ma vie, je me pose beaucoup de question sur la reproduction sociale, sur les plafonds de verre qui existent ou que l’on se crée. Ce sont des questions complexes de savoir ce que l’on veut dans la vie, ce que l’on peut, ce que l’on se croit en droit de vouloir.
Ce livre d’un intellectuel qui vient d’un milieu populaire, très pauvre économiquement, et culturellement aussi semble-t-il, et qui a fait Normal Sup me paraissait une bonne façon d’aborder ce sujet, certes un peu de biais mais c’est souvent ma façon d’aborder beaucoup de sujets. Mais je n’ai probablement pas fait le bon choix, pas trouvé le bon biais. Peut-être que lire les réflexions de quelqu’un ayant tellement tourné le dos à là dont il vient qu’il a changé son nom et son prénom n’était pas la meilleure décision.

Difficile de trouver une façon de tourner ce qu’il y a à dire. D’abord parce que le livre n’est pas très clair sur ce qu’il est : une fiction, mais en même temps très fortement inspiré de la vie de l’auteur. Est-il nécessaire d’ajouter de la noirceur à la noirceur, du scabreux au scabreux ? Cela sert-il le propos ? Pas pour moi qui me suis sentie dans une situation de voyeurisme imposé tout au long du livre.
Et puis, ce livre écrit à vingt ans manque singulièrement de recul. C’est surtout un long et grand cri de colère. Une enfance très difficile, certes, avec des épisodes douloureux (inventés pour la fiction du livre ou véritablement vécus, ce n’est pas clair) et c’est un euphémisme de le dire ainsi. Mais on sent tout ce que ce jeune homme qui change de nom rejette, tout ce qu’il ne veut plus, tout ce qu’il abhorre. Il a tourné le dos à là d’où il vient et le dit avec toute la violence dont il est capable, une violence écrite pour répondre à la violence physique dont il a été victime.
C’est difficile, et j’ai eu une vie bien trop privilégiée et conventionnelle pour pouvoir véritablement toucher du doigt la souffrance dont Edouard Louis parle, mais ce livre me semble plus être un début de thérapie, à laquelle je n’ai pas à être conviée, qui devrait être dite dans le secret du cabinet d’un psychologue ou d’un psychanalyste. Je n’ai jamais aimé lire des livres qui semblent être écrits comme des thérapies ou des règlements de compte personnels, dans lesquels je n’ai pas l’impression d’avoir une place de lecteur. Ce livre étant tout cela, j’ai eu du mal à le finir, mais j’ai espéré jusqu’à la fin y trouver autre chose qu’une litanie de récriminations. Ce livre étant tout cela, je n’en ai pas apprécié la lecture, mais je crois que cela est déjà clair.
Je ne pense pas que je lirai un autre livre de cet auteur, mais je pense qu’il a avancé sur le chemin de cette fameuse thérapie dont je parlais, puisque son dernier livre, publié l’année dernière, semble le voir se réconcilier, au moins par livre interposé, avec son père et par extension au moins une partie de ses origines ou de son enfance. Dommage que cette thérapie soit étalée dans les pages de ses livres.

30raton-liseur
Out 30, 2019, 11:55am

114. Seuls, cycle 1 (tomes 1 à 5) - Fabien Vehlmann (scénario) et Bruno Gazzotti (illustrations)
(Not translated into English)



Cette note de lecture se rapporte aux cinq premiers volumes de la série de bande dessinée « Seuls ».
Tome 1 - La disparition
Tome 2 - Le maître des couteaux
Tome 3 - Le clan du requin
Tome 4 - Les Cairns rouges
Tome 5 - Au cœur du Maelström

Titre étrange, série empruntée à la bibliothèque par P’tit Raton (il va falloir que je songe à changer son surnom, il ne fait plus que 2 cm de moins que moi…), j’ai voulu essayer aussi. « Etrange » ne s’arrête pas au titre. L’idée aussi, ces enfants qui se retrouvent seuls dans une ville immense, puis des phénomènes étranges qui se passent.
Le premier tome, qui pose la situation et introduit les personnages, est plutôt plaisant, intriguant mais plein de potentiel. Le deuxième tome est inquiétant, mais finalement plutôt mignon lorsque l’on comprend les motivations du maître des couteaux. A partir du troisième tome, par contre, les choses deviennent de plus en plus compliquées, et aussi, je crois, de plus en plus malsaines. Un peu de Sa Majesté des Mouches dans l’air. Encore une fois, c’est étrange, mais pourquoi pas, pour des enfants pas trop enfants, et qui savent prendre un peu de recul par rapport à ce qu’ils lisent.

31raton-liseur
Out 30, 2019, 12:03pm

115. Seuls, cycle 2 (tomes 6 à 9) - Fabien Vehlmann (scénario) et Bruno Gazzotti (illustrations)
(Not translated into English)



Cette note de lecture se rapporte au cycle 2 de la série de bande dessinée « Seuls », soit les tomes 6 à 9.
Tome 6 - La quatrième dimension et demie
Tome 7 - Les terres basses
Tome 8 - Les arènes
Tome 9 - Avant l’Enfant-minuit

Le cycle 2 de cette série, après une première partie qui est certes assez étrange et plutôt dérangeante, mais qui se tenait bien. On sait maintenant pourquoi les enfants sont seuls, ce qui est arrivé à leur monde. Mais le reste de l’histoire commence à devenir de plus en plus obscur. On avait déjà les Cairns rouges dans le précédent cycle, qui avaient commencé à me faire décrocher. Là on rajoute des histoires qui tendent au totalitarisme, et cela devient de plus en plus étrange et malsain. Je suis assez peu convaincue par ce deuxième cycle, qui ouvre beaucoup de lignes narratives dont j’ai la sensation qu’elles n’arriveront pas à se rejoindre de façon convaincante. Cela finit avec un coup de théâtre final, l’enfant-minuit, il faudra attendre pour voir ce que nous réserve la suite, mais je dois avouer que je trouve que tout cela devient malsain pour être malsain. Il aurait peut-être mieux valu savoir s’arrêter plus tôt, et peut-être aussi faire attention à ce que nos chères têtes blondes, brunes ou rousses lisent et comprennent ce qu’ils lisent. Un peu d’accompagnement me semble ici nécessaire pour réfléchir à cette bande dessinée, qui n’est pas à mettre entre toutes les mains, et surtout pas d’ingénus enfants encore plein d’illusions naïves et nécessaires à leur construction.

32raton-liseur
Out 30, 2019, 12:12pm

116. La Vie silencieuse de la guerre - Denis Drummond
(Not translated into English)


Les attentats devenaient quotidiens. Sur les marchés, dans les gares routières, une nouvelle peur s’installait, une autre réplique de l’enfer, qui abîmait l’espoir d’une vie tranquille occupée à travailler, aimer, fonder une famille, élever des enfants, rêver, comme si ce simple désir de vivre devenait une espérance de paradis.
(p. 195, Chapitre 6, Partie 3, “Troisième jour. Fumigations – Afghanistan (septembre-novembre 2001”).

Pendant ces quatre jours, nous avons vécu dans la guerre. En suivant Enguerrand, nous avons traqué son regard, vu ses horreurs, ses atrocités, trouvé beau ce qui ne peut l’être, et donné un sens à ce qui ne peut en avoir.
(p. 220, Chapitre 2 de l’épilogue).

J’ai mis du temps à lire ce livre, que j’avais choisi à cause de son titre énigmatique et de son résumé qui me rappelait Le Peintre de batailles, d’Arturo-Perez Reverte. Puis après l’avoir fini il y a quelques jours, je me suis demandé comment j’allais bien pouvoir en écrire une note de lecture. C’est l’écoute fortuite d’un entretien radiophonique de Michaël Ferrier, un autre auteur, dont je n’avais jamais entendu parler et qui vient de sortir un livre sur son enfance au Tchad, pendant laquelle il a côtoyé la guerre, qui m’a fourni la réponse le lendemain. Il parlait de la guerre donc, et surtout de l’innommable de la guerre, de ce qu’on y apprend et, intrinsèquement lié, de l’intransmissibilité de cet apprentissage. Et de citer Céline pour appuyer son propos, cet auteur que je ne me résous toujours pas à lire. Sans le savoir, il résumait finalement assez bien le livre que je venais de finir.
L’histoire d’un photographe de guerre, mort à l’œuvre, et qui lègue à son ancienne compagne quatre clichés, avec les journaux de terrain qui les accompagnent, et qui sont toute son œuvre, la quintessence de sa réflexion sur la guerre. On lit ces journaux et on découvre ces photos en même temps que cette femme, Jeanne et que Gilles, le galeriste qui pourra en faire une exposition. C’est l’occasion, en quatre parties, de revisiter les grands conflits de ces dernières décennies. Les conflits qui, je m’en suis rendue compte en lisant ce livre, sont ceux qui marquent mon éveil à la conscience politique, les conflits de mon adolescence, au moins pour les deux premiers, le génocide au Rwanda et l’implosion de la Yougoslavie. Viennent ensuite l’Afghanistan et l’Irak, qui sont les conflits qui closent pour moi cette période de prise de conscience et l’entrée véritable dans l’âge adulte. J’ai été très sensible à l’évocation des deux premiers conflits, moins à celle des deux autres, peut-être parce que je commençais à me lasser d’une certaine répétition, peut-être parce que ces conflits n’ont pas la même signification pour moi.
A chaque fois, on suit Enguerrand, le photographe, dans sa découverte du conflit, dans ses descriptions et ses expériences. Et chaque conflit est pour lui une révélation d’un aspect de la guerre, qu’il matérialise par un cliché unique, qui est ce qu’il appelle le véritable visage de la guerre et non, comme ses autres clichés, des manifestations des conséquences de cette guerre. Tout cela entre en résonance avec différentes œuvres, et c’est un livre qui oscille étrangement entre un certain onirisme et un grand didactisme.

Il m’est difficile de résumer ce livre ou même d’étayer mes impressions de lecture sans en dévoiler trop. Je me contenterai donc de dire que c’est un livre finalement assez dérangeant. On tombe vite, avec ces clichés très travaillés et pensés, avec ce parti pris de les faire découvrir par un homme d’art, dans une certaine esthétisation de la guerre, qui m’a gênée à partir de la moitié du livre à peu près, et qui m’a forcée à faire une pause dans ma lecture. J’ai tout de même fini ce livre, donc j’ai trouvé la fin moins travaillé, les phrases moins polies, comme si l’auteur avait voulu se débarrasser d’un sujet trop encombrant, ou bien comme si son éditeur le forçait à rendre un texte non encore abouti, je ne sais.
La fin est cependant voulue, la façon que le livre a, en quelque sorte, de faire un tour sur lui-même et de revenir à son point de départ. Et je me demande ce qu’il me reste de cette lecture maintenant que je l’ai menée à terme. Un sentiment de gâchis peut-être (le gâchis qu’est la guerre, je le précise, rien à voir avec l’ouvrage de Denis Drummond), un sentiment d’intransmissibilité aussi, une intransmissibilité à laquelle l’auteur s’est cognée, et qu’il a su rendre, au travers de ses phrases polies, au travers de tous ces éléments qu’il ajoute à l’intrigue principale : la neige sur Paris, l’urgence d’aimer ou de vivre, l’amour et le deuil qui se mélange, l’excitation de la découverte, le goût du café.
Un livre étrange donc, face auquel j’ai du mal à me positionner clairement, qui me fait botter en touche. Un livre qui oscille entre les horreurs factuelles décrites et la mise en scène qui rend la langue brillante, belle et désirable. Une grande adéquation, donc, entre le sujet et la forme. En définitive, le mien que je puisse faire pour décrire ma lecture est de dire que je ne serais probablement pas allée voir cette exposition de photos, malgré l’intérêt que je porte au sujet, et que la description clinique qui est faite de chaque cliché m’a amplement suivi, même si elle m’a laissée sur ma faim.

33raton-liseur
Out 30, 2019, 12:31pm

117. L’Ecorce des choses - Cécile Bidault
(Not translated into English)



C’est la belle couverture que j’ai vue d’abord, cette petite fille au regard étonné dans cette forêt aquatique en camaïeu de rouges. C’est le titre qui m’a décidé à prendre ce livre ensuite, et à l’ouvrir. Un titre énigmatique, un peu rugueux, autant que le dessin de la couverture est doux.
Il faut lire le propos introductif pour comprendre ce dont il est question dans cette bande dessinée qui n’a presque aucune bulle. C’est l’histoire d’une petite fille sourde et muette dans les années 70 ou 80. Le dessin, très expressif communique bien les sentiments de ce petit bout de demoiselle qui ne comprend pas toujours les attitudes et les réactions de ceux qui l’entourent, qui cherche à appréhender le monde avec ce qu’elle a à sa disposition, son insatiable curiosité, ses yeux grand ouverts, sa gentillesse et ses colères aussi, qui marquent toute son impuissance et sa frustration.
Les parents semblent aussi tellement désarmés dans cette histoire, on espère qu’aujourd’hui les enfants comme leur famille sont mieux accompagnés. Mais l’on voit comment chacun réagit à cette situation, essaye de la nier ou bien de l’accepter.
Une bande dessinée à savourer lentement, au fil des dessins qui racontent l’histoire et les sentiments. Une histoire à apprivoiser pour comprendre un peu mieux et pour sentir un peu mieux, par tous les sens pour nous qui les avons tous et pour peut-être tenter d’imaginer comment on perçoit le monde lorsque l’on est privé d’un ou plusieurs sens et qu’il faut alors développer les autres encore plus.

34raton-liseur
Nov 1, 2019, 7:12am

118. Ida Brandt - Herman Bang ; traduit du danois par Elena Balzamo
(Translated into English as Ida Brandt or Ludvigsbakke)


– Mais la vie, de toute façon, on n’y peut rien ?
– Si… enfin…
– Je veux dire… expliqua Ida qui semblait toujours hésitante lorsqu’il s’agissait d’exprimer une opinion. De toute manière, on fait ce qu’on doit faire…

(p. 74, Partie 1).
Ce sont la simplicité du titre et la mélancolie qui se dégageait de la couverture qui m’ont attirée vers ce livre. Et l’éditeur a probablement fait un très bon travail puisque ce sont les deux mots qui me restent après avoir refermé la dernière page de ce livre.
Ida Brandt est le nom de l’héroïne de ce roman, intitulé Ludvigsbakke en danois, du nom du domaine dont le père d’Ida était régisseur et où elle a passé son enfance. Une enfance heureuse, dont elle garde une nostalgie sans fond. Arrivée à l’âge adulte, Ida Brandt peine à trouver sa place dans la société. D’origine modeste mais avec une situation financière confortable, elle n’appartient pas tout à fait à la même classe laborieuse que ses collègues infirmières, et certainement pas à la classe des possédants, ceux qui possèdent soit des propriétés immobilières soit des noms à particule. Elevée loin des réalités du monde, Ida n’est que candeur et gentillesse. Elle sait, elle sent qu’elle n’a pas le droit au bonheur et laisse les autres abuser de cette candeur et de cette gentillesse. Elle sait que l’on se sert d’elle, mais elle l’accepte, le provoque même.
Un portrait de femme peu flatteur, pourrait-on dire à première vue, loin de ces portraits de femmes fortes que nous offre à foison la littérature nordique. Et pourtant, de par sa résignation, Ida Brandt, à sa manière, force le respect. Le respect de ses choix, aussi incongrus semblent-ils, le respect de son immense nostalgie pour le domaine qui a abrité les beaux jours de son heureuse enfance.
Et ce voile de nostalgie (j’hésite à écrire le mot tristesse, mais il n’est pas loin) recouvre toute l’histoire, que ce soient les réminiscences du passé ou l’amour qu’Ida sait sans lendemain qu’elle voue à un homme qui ne la mérite pas mais auquel elle s’attache contre toute raison parce que justement il lui rappelle son cher Ludvigsbakke.
Dans un Danemark qui oscille entre modernité et rigorisme, Ida Brandt est une héroïne qui choisit son destin, même si celui-ci est synonyme de sacrifice et d’abnégation. Une figure elle aussi entre modernité et conservatisme, puisqu’elle prend des décisions et est indépendante, mais fait tout pour rester à la place que la vieille société lui assigne, celle de la future vieille fille plus ou moins corvéable à merci et pour laquelle on n’a aucun égard. Simple, mélancolique, triste, avec une grande retenue. Un auteur que je découvre, et que je suis contente de découvrir.

35raton-liseur
Nov 1, 2019, 7:15am

119. Le Lotus bleu - Hergé ; adaptation de Katell Guillou, lecture de Didier Sandre et Noam Morgensztern
(Translated into English as The Blue Lotus)

Les adaptations de bande dessinée à l’oral sont toujours périlleuses. J’en ai maintenant écouté quelques-unes, en me cantonnant à des bandes dessinées que j’avais déjà lues dans leur format original, et je n’ai jamais été complètement convaincue.
Celle-ci n’est pas mal faite et j’y ai pris plaisir. Je ne sais si c’est un parti-pris de l’adaptation ou si c’est ma compréhension de l’œuvre qui a mûri, mais j’y ai beaucoup plus senti la main-mise étrangère, et particulièrement japonaise, sur la Chine de l’entre-deux-guerres, comme un pays qui n’appartient plus à ses habitants. Le Lotus bleu a longtemps été une de mes bandes dessinées préférée de Tintin, et cette petite adaptation audio m’y a fait goûter à nouveau, d’une façon inattendue et pas déplaisante du tout !

36raton-liseur
Editado: Nov 1, 2019, 11:21am

120. Notre Mère la Guerre, tomes 1 à 4 - Kris (scénario) et Maël (illustrations)
(Not translated into English)



Cette note de lecture se rapporte aux quatre volumes de la série de bande dessinée « Notre Mère la guerre ».
Tome 1 - Première complainte
Tome 2 - Deuxième complainte
Tome 3 - Troisième complainte
Tome 4 - Requiem
Oui, Desloches a raison : les soldats auront beaucoup de choses à dire après la guerre. Mais j'ai bien peur qu'on ne les écoute pas, ou pire, qu'on les écoute mal. Alors, entraîné par ces silences, le soldat se taira lui aussi. Ou pire, il racontera mal. Ouvrant la porte aux renoncements, préparant les futurs recommencements.
(p. 39, Tome 3, “Troisième complainte”).

A c't'heure, faut quand même être sacrément convaincant avec soi-même pour se persuader qu'on défend la civilisation...
(p. 58, Tome 3, “Troisième complainte”).
J’avais vu des commentaires élogieux de cette bd au détour d’un site littéraire, et le titre et les dessins de couverture m’avaient suffisamment intriguée pour que je note cela dans un coin de ma tête et que j’y revienne lorsque l’occasion m’a été donnée il y a peu de les emprunter à la bibliothèque. Je ne connaissais rien de l’histoire et je l’ai donc découverte au fur et à meure des pages. C’est une façon étrange d’aborder la guerre que de présenter une enquête policière (ou plus exactement de la gendarmerie) suite à la découverte de femmes assassinées dont les corps sont déposés dans les tranchées, accompagnés d’étranges missives. Le lieutenant Vialatte est chargé de mener l’enquête, et c’est lui que l’on suit, dans son enquête à travers les tranchées, dans ses pensées aussi, et dans un futur pendant lequel il rumine cet épisode de sa vie qui ne semble cesser de le hanter.
De janvier 1915 à la fin de la guerre, on ne quitte plus le lieutenant Vialatte, qui semble évoluer avec son époque. D’abord enthousiaste face à cette guerre, en bon patriote qu’il est, comme beaucoup de ses semblables à l’époque, on le voit découvrir ce qu’est véritablement la guerre, s’engager comme soldat du front, vivre l’usure de cette guerre moderne qui bouscule tous les codes.
C’est un étrange roman graphique que celui-là. D’abord avec des dessins à la fois très beaux et très réalistes. Les tranchées sont représentées dans toute leur crudité, les attaques et les morts violentes aussi, et pourtant le dessin est beau. On est très souvent à la limite de l’esthétisation et c’est parfois dérangeant, pour ne pas dire plus. C’est surtout le cas dans les deux premiers tomes, alors que le lieutenant Vialatte est encore tout gonflé de ses idéaux patriotiques. Dans les deux suivants, au contraire, les dessins restent très beaux alors que les propos se font de plus en plus désabusés.
Les meurtres ne sont donc bien qu’un prétexte pour nous faire découvrir différents aspects de la guerre, pas toujours les plus glorieux, et aussi, pour nous montrer son évolution, celle des techniques et celle de l’état d’esprit de ces soldats qui comprennent bien vite qu’ils ne sont que de la chaire à canon, défendant des intérêts qui leur échappent de plus en plus. Et je crois que c’est cet aspect qui m’a le plus intéressée, car il est finalement assez peu représenté en général. Ce n’est pas une photo de la guerre à un instant donné, mais bien un film qui montre tous les ressorts de son évolution, ce qui est la moindre des choses pour un moment aussi charnière de notre histoire, après lequel rien n’a plus jamais été comme avant.
Une lecture intéressante, donc. Difficile parfois, mais avec des images sur lesquelles il est intéressant (et parfois agréable, parfois dérangeant) de s’attarder. Une façon originale d’évoquer cette période de notre histoire encore récente malgré ce que l’on peut parfois croire, et sur laquelle on n’a pas fini de réfléchir.

37raton-liseur
Nov 1, 2019, 11:01am

121. Girl - Edna O’Brien ; traduit de l’anglais par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat
(Translated from the English Girl)



Lorsque j’ai payé ce livre (le seul de cette rentrée littéraire que j’ai acheté et même que j’ai lu à ce jour, acheté de façon impulsive après en avoir écouté les critiques unanimes sur France Culture), la libraire ne m’a pas souhaité une bonne lecture, elle m’a souhaité une : « puissante lecture ». Et c’est avec cette recommandation que j’ai commencé ce livre le soir même, tout juste 24 heures après en avoir entendu parler pour la première fois.
Je ne reviendrai pas sur les polémiques sur les différences entre l’autrice, femme, irlandaise, âgée et son personnage principal, femme aussi, mais jeune et nigériane, et surtout ayant vécu des moments traumatisants, pour le dire avec pudeur. Je crois trop à la magie de la littérature qui est de pouvoir se mettre à la place d’autres personnages, le temps de quelques jours ou de toute une vie selon les choix de l’auteur, de partager ses pensées, ses doutes, ses sentiments ou ses émotions, d’avoir mal ou de se réjouir avec eux. Bien sûr, ce n’est pas la même chose que de vivre véritablement les choses, mais cela ouvre nos horizons, nous rend plus larges que nous-mêmes. Si nous pouvons vivre cela en tant que lecteur, je pense qu’un auteur ou une autrice peut le faire aussi, et c’est la marque des grands auteurs que de pouvoir réaliser ce genre de tour de passe-passe de façon tout à fait crédible. J’ai donc ouvert ce livre en me disant bien que c’était une façon un peu étrange d’aborder cette autrice, nouvelle pour moi, et connue pour d’autres livres plus proche de sa propre expérience, mais qu’à cela ne tienne, je me suis mise à ma lecture sans coup férir.
Girl est donc l’histoire d’une fille, qu’importe son nom, elle le ne connaît même plus elle-même, mais elle s’appelle Maryam. Nous sommes au Nigeria, et cette fille parmi d’autres est enlevée par les troupes de Boko Haram. On est avec elle au moment de l’enlèvement, lorsqu’elle arrive dans le camp, au fur et à mesure qu’elle perd l’espoir d’être sauvée et qu’elle réalise ce que sa vie sera. La narration est efficace, factuelle, rien n’est épargné au lecteur mais la plume d’Edna O’Brien est d’une grande efficacité, et, même si certaines scènes sont plutôt insoutenables (et montrent justement la limite de cet adage qui dit que l’on peut vivre d’autres vies grâce aux livres, car on peut toujours poser un livre, faire une pause, respirer, passer à autre chose, penser à autre chose, Maryam n’a pas cette chance, cette possibilité de respiration), à aucun moment je n’ai senti de voyeurisme ou de complaisance.
Puis Maryam s’échappe, et c’est alors, après une longue immersion, une sorte de remontée à la surface, Maryam qui essaye de remonter, de retourner à la vie. Mais là aussi, le chemin est semé d’embûches. Car chacun sait ce que Maryam a subi, du moins peut l’imaginer, et les victimes sont parfois vues comme des coupables. Et que dire de sa radicalisation possible. Et d’une société qui a changé pendant toutes ses années d’enfermement, changé du fait de Boko Haram, mais changé aussi du fait du temps qui passe, des événements quotidiens, des petits drames de tous les jours et des plus grands. Ici, j’ai trouvé le propos d’Edna O’Brien plus confus. D’abord, son style devient moins factuel, il est plus implicite, plus elliptique, alors que c’est là que l’on aurait le plus besoin de comprendre. Ensuite, le récit se complexifie, car le village et la famille de Maryam ne sont pas restés indemnes dans cette guerre incessante. Alors on ne sait plus trop, tout se mélange, pourquoi Maryam est-elle rejetée, pourquoi le retour à la vie est-il si difficile ? Est-ce elle qui est rejetée ou est-ce parce que tout a changé en son absence ? Est-ce elle qui n’arrive pas à revenir ou sont-ce les autres qui ne veulent plus d’elle ? Le message se brouille, et je me suis perdue là où je voulais le plus comprendre.

En définitive, avec ce livre que j’ai lu d’une traite, ou presque (en tout cas en quelques jours), je suis restée sur ma faim. Une première partie intéressante, mais qui n’était pas ce pour quoi je voulais lire ce livre. Puis une deuxième partie peu convaincante, alors que c’est seulement elle qui me justifier que l’on écrive la première (sinon, à quoi bon décrire des atrocités ?) et que c’est celle qui demande le plus grand travail de la part d’un écrivain, et de la part de ceux qui sont restés du bon côté, du côté sauf, de notre part à nous, donc.
Je suppose que c’est une première tentative intéressante d’écrire sur le sujet, il faut que certains ouvrent la voie. Mais il faudra d’autres tentatives, mettre d’autres mots sur ce drame, attendre que d’autres disent ou écrivent, car ce livre n’épuise pas le sujet, loin de là.

38raton-liseur
Nov 1, 2019, 11:20am

122. Monkton le Fou - Wilkie Collins ; traduit de l’anglais par Eric Chédaille
(Translated from the English Mad Monkton)



Wilkie Collins est un grand nom de la littérature anglaise du siècle dernier, pardon, d’il y a deux siècles, maintenant… Mais je ne l’avais jamais lu. Alors j’ai pris le prétexte d’un livre un peu esseulé dans la boît à livre en face de la mairie pour le découvrir, dans une œuvre mineure, certes, mais c’est parfois une bonne façon d’aborder un auteur.
Monkton le Fou est un roman gothique tout ce qu’il y a de plus classique de par sa facture et son sujet. Un homme qui vit sous le coup d’une prophétie lugubre qui prédit la fin de sa lignée, et qui, par ce qu’il y croit, permettra qu’elle se réalise.
Une lecture facile et rapide, qui était ce dont j’avais besoin ou envie à ce moment-là. Je ne suis pas une grande amatrice du genre, si bien que cette lecture ne me laissera pas un grand souvenir, sinon que maintenant je peux dire que j’ai lu Wilkie Collins !

39raton-liseur
Nov 1, 2019, 11:41am

123. Les Grandes Espérances - Charles Dickens, traduit de l’anglais par Sylvie Granotier ; adaptation de Sylvie Granotier, lecture de Jacques Gamblin
(Translated from the English Great Expectations)

Un petit Dickens de temps en temps n’a jamais fait de mal à personne, et cela faisait longtemps que je voulais lire celui-là, depuis que j’avais découvert la vraie vie de Melle Havisham dans les livres de Jasper Fforde.
J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les aventures de Pip le long de l’échelle sociale. Beaucoup de coïncidences qui se flairent plusieurs chapitres à l’avance, mais on ne lit pas Dickens pour le suspens. Le livre est très bien mené, on découvre différents aspects de la société anglaise de l’époque, dont certains côtés bien peu reluisants. On peut faire des parallèles avec Victor Hugo qui lui aussi a dénoncé le bagne, son ignominie et son inutilité.
On retient aussi de ce livre un certain nombre de personnages plutôt excentriques mais au caractère bien trempé. Mademoiselle Havisham n’est pas des moindres et m’a laissée une forte impression.
Une lecture que j’ai menée tambour battant, donc. Pour le plaisir d’un livre dépaysant à plus d’un titre, agréable et intelligent à la fois. Je le disais bien, un petit Dickens de temps en temps, ça ne peut pas faire de mal !

40raton-liseur
Nov 1, 2019, 1:06pm

124. Prends soin de maman - Kyung-sook Shin ; traduit du coréen par Jeong Eun-jin et Jacques Batilliot
(Translated into English as Please Look After Mom)


J’attends avec impatience que mon petit dernier grandisse. Quand je pourrai le mettre dans une garderie ou le confier à une nourrice, je reprendrai mon travail. C’est vrai, il faut que je vive ma vie. Chaque fois que je pense à cela, je me dis que je ne comprends pas comment maman a pu supporter celle qu’elle a menée. Admettons que, dans la situation où elle se trouvait, elle ne pouvait pas faire autrement que de s’occuper de nous. Mais… comment avons-nous pu nous comporter comme si elle était née pour n’être que cela : une mère ? (…) Elle s’est sacrifiée corps et âme, en se débrouillant de son mieux avec les mauvaises cartes que son époque lui avait distribuées – la pauvreté, la tristesse et la solitude –, en renonçant à toute espérance. Comment est-il possible qu’il ne me soit jamais venu à l’esprit qu’elle aussi avait nourri des rêves ?
(p. 248, Epilogue, “Un chapelet « en bois de rosier »”).
Autrice découverte au détour d’une note de lecture, une envie de Corée liée à une autre lecture récente, j’ai choisi ce titre parce qu’il me paraissait, dans la bibliographie de cette écrivain, le plus proche de mes sujets de prédilection. Puis j’ai lu des critiques assez mitigées, et j’ai craint de m’être trompée. Alors j’ai voulu en avoir le cœur net et j’ai commencé ma lecture.
Une femme venue rendre visite à ses enfants se perd dans le métro et disparaît. Sa recherche s’organise, en même temps que chacun repense à cette femme, à ce qu’elle a représenté pour eux et à ce que ce vide laisse. Le livre est organisé en quatre longs chapitres, chacun ayant une personne de la famille différente comme centre. Et, tout en suivant les étapes de la recherche, on explore avec ce personnage sa relation à sa mère, ou à sa femme. Les petits souvenirs qui reviennent tout à coup et qui prennent une saveur ou une signification nouvelle. Un questionnement sur une relation qui semble d’habitude aller de soit, celle à sa mère, dont on attend tout sans penser à ce que cela signifie.
Je ne sais dans quelle mesure ce livre est autobiographique, mais ce sont les passages centrés sur la fille autrice qui m’ont le plus touchés, malgré leur écriture à la deuxième personne du singulier qui est toujours un peu compliquée à accepter et à comprendre. Cette fille qui vit sa vie comme bon lui semble, qui s’affranchit de toutes les conventions sociales dont elle ne veut pas s’embarrasser, qui ne s’encombre pas de bons sentiments mais qui se rend compte, même si ce n’est pas dit aussi clairement, de son égoïsme et de la façon dont elle a pris le soutien de sa mère pour acquis alors que ce n’aurait jamais dû être le cas.
Il y a aussi le déni dans lequel est chaque personnage, qui n’a pas voulu voir les problèmes de santé de leur mère. Une mère est un rempart infaillible, elle ne peut pas vieillir, elle ne peut pas mourir, elle sera toujours là et c’est toujours elle qui soignera nos bobos, ce ne peut pas être l’inverse.
Dans nos sociétés vieillissantes, où l’on commence à distinguer les notions d’« espérance de vie » et d’« espérance de vie en bonne santé » (la première continuant à augmenter, plus lentement certes, mais la seconde stagnant depuis de nombreuses années), les questions que soulèvent ce livre sont d’actualité et il est intéressant de lire une autrice coréenne sur ce thème en se sentant si proche d’elle, comme si la relation entre une mère et ses enfants était finalement peu marquée par la culture.
Le livre ouvre beaucoup de portes mais ne donne pas de réponses toutes faites, la fin est suffisamment ouverte pour que l’on puisse laisser les personnages continuer à évoluer. Et c’est au lecteur de franchir les portes qu’il veut franchir, pour tracer son propre chemin, sa propre réflexion sur sa relation à ses parents, et sur l’acceptation de les voir vieillir et décliner. Très beau livre, qui m’a parfois noué la gorge parce que je m’y retrouvais dans ma relation aux générations familiales qui précèdent la mienne, livre qui m’a fait réfléchir et qui me fera peut-être même changer. Mais un de ces livres qui doit être lu au bon moment, sinon j’imagine bien qu’il peut être considéré comme trop lent, trop creux, sans intérêt. Pour moi, il fut tout le contraire et je ressors de cette lecture en commençant à pouvoir mettre des mots sur des sentiments épars, et en commençant à pouvoir mettre y un peu d’ordre.

41raton-liseur
Editado: Nov 3, 2019, 9:56am

125. L’Envolée sauvage, tomes 1 à 4 - Laurent Galandon (scénario), Arno Monin (illustrations des tomes 1 et 2) et Hamo (illustrations des tomes 3 et 4)
(Not translated into English)



Cette critique se rapporte aux quatre volumes de la série de bande dessinée « L’Envolée sauvage ».
Tome 1 - La Dame blanche
Tome 2 - Les Autours des palombes
Tome 3 - Le Lapin d’Alice
Tome 4 - La boîte aux souvenirs
Si toute la bêtise humaine reposait sur tes épaules, il serait facile de s’en débarrasser.
(p. 5, Tome 2, “Les Autours des palombes”).

- Il faut repartir ! Partir ! S’en aller ! Fuir ! Ce sont des mots juifs !
- C’est pour votre sécurité, Ada…
- C’est quoi la sécurité ?!... C’est où ?

(p. 4, Tome 3, “Le Lapin d’Alice”).
A ne pas mettre entre n’importe quelles mains cette bande dessinée... Quatre tomes qui racontent d’abord l’enfance de Simon, puis celle d’Ada. Simon et Ada, dont l’enfance a pour théâtre les années noires de l’Occupation. Simon et Ada, qui tous deux portent une certains étoile jaune au revers de leur manteau. Et avec eux, on traverse toute la société de l’époque, avec ses petites et ses grandes trahisons, ses petits et ses grands courages. Il y a des résistants, il y a des délateurs, mais dans ces moments-là, il est difficile d’être neutre, de ne pas prendre parti. Le silence lui-même est du bon ou du mauvais côté.
C’est une bande dessinée pour enfant que cette envolée sauvage, c’est du moins ainsi qu’en a décidé notre petite bibliothèque de village. Mais elle n’est pas à mettre entre toutes les mains, et elle mérite un accompagnement, car je n’ai probablement jamais vu une bande dessinée pour enfants aussi dure. Des gentils qui meurent, des enfants même. On voit les camps de concentration, les chambres à gaz et les fours crématoires. Les tatouages sur les avant-bras, la malnutrition, tout.
Alors même si les personnages principaux s’en sortent, certains personnages secondaires, et pas des moindres, meurent d’une balle dans la peau ou d’un gaz dans les poumons. C’est dur, mais c’est probablement nécessaire. Mais à lire une fois les dix ans bien sonnés, et une fois que l’on est déjà un peu familiarisé avec le sujet.

42raton-liseur
Nov 1, 2019, 1:14pm

126. Une Odeur de gingembre - Oswald Wynd ; traduit de l’anglais par Sylvie Servan-Schreiber
(Translated from the English The Ginger tree)



J’ai longtemps tourné autour de ce livre avant de finir par me laisser tenter au détour de kilomètres de rayonnages de livres d’occasion. Je ne sais pas pourquoi, les commentaires élogieux de toutes parts me faisaient craindre un livre superficiel, facile. Et, pour une fois (parmi de nombreuses autres), j’avais tort.
Le personnage de Mary Mackenzie m’a captivée de bout en bout. L’écriture sous forme de journal intime permet une franchise dans l’exposition des faits et des sentiments en contradiction avec l’aspect feutré de la société anglaises bourgeoise du tournant du siècle ou de la société japonaise de la même période.
Le livre suit l’héroïne sur près de quarante ans, de son arrivée en Chine comme fiancée d’un membre de l’ambassade britannique à son départ forcé du Japon en plein cœur de la seconde guerre mondiale. En quarante ans, au fil de choix de vie peu orthodoxes, Mary Mackenzie évolue, mûrit, grandit. C’est une formule un peu creuse et un peu galvaudée, mais elle s’applique bien ici : elle devient elle-même.
L’écriture happe le lecteur qui voit l’héroïne faire des choix, qui les comprend en fonction de ce qu’elle est à ce moment de sa vie. On la voit au début questionner son éducation puritaine et en même temps prendre de plein fouet des décisions qui la concernent mais sur lesquelles elle n’a aucune prise. Considérée comme un être faible dans la culture dont elle est issue, elle l’est aussi au Japon, mais ni dans un cadre ni dans l’autre elle n’accepte le rôle qui lui est assigné, et elle apprend à sa faufiler dans les interstices de chaque culture pour conquérir une liberté très coûteuse, mais qu’elle chérit.
C’est aussi un livre qui décrit de façon très précise le déracinement culturel, ce que c’est que de vivre pendant des décennies dans un environnement culturel qui n’est pas le sien, ce qu’on en prend, ce qu’on n’en prend pas, le sentiment d’étrangeté qui ne disparaît jamais complètement et qui au contraire nous fait être étranger dans la culture où l’on est autant que dans la culture d’où l’on vient. On comprend vers la fin du livre, d’ailleurs, pourquoi il est intitulé Une Odeur de gingembre en français ou The Ginger Tree en anglais. Le gingembre n’est pas un arbre, celui qui est dans le jardin japonais de Mary Mackenzie est donc une aberration, et elle le sait.
Très beau personnage de fiction, une écriture claire et franche comme le personnage. Une lecture qui coule facilement, les pages se tournent et l’on a du mal à poser le livre, mais une lecture qui est aussi très riche et fait réfléchir longtemps après que le livre soit reposé.

43raton-liseur
Nov 1, 2019, 1:26pm

Pfiu... Quite unbelievable, I am up to date on my reviews! I has not happened to me in the past two or three years I think!!!
Ok, I am still behind in copying a few quotes, and I have forgone the idea of getting 2017 and 2018 completed. But except this, I am up-to-date! All 2019 books, physical, electronic or audio are reviewed!

Next reviews will be when I finish a book, be it my current physical book, The Handmaid’s tale (yes, there are still some people who have not read it!!!), my current audio book, Les Anneaux de Bicêtre by Georges Simenon, or the book I read to my students Le Secret de Grand-Père by Michael Morpurgo, or, later, the book I read with M’ni Raton, which is taking us ages although we enjoy it, Nevermoor by Jessica Townsend.

Lots of books being read, but slowly. And now that I am up to date after ten or more reviews posted in a couple of days, the pace of this thread will considerably slow down, and I’ll have more time to enjoy other readers’ threads!
Back to reading, then!

44ELiz_M
Nov 1, 2019, 5:25pm

>42 raton-liseur: Congrats! I have been quite impressed with your rate of posting, even if i am too lazy to read a google-translate of the reviews .

45lilisin
Nov 2, 2019, 7:47am

>43 raton-liseur:
You read so much it’s impressive that you’ve managed to keep up with your reviews! I fall behind even if I’ve only read one book! Looking forward to your thoughts on The Handmaid’s Tale. I want to read the sequel but I’m going to wait till it comes out in paperback.

46raton-liseur
Nov 3, 2019, 9:01am

>44 ELiz_M: and >45 lilisin: Thanks for dropping by! I don't feel I read that much (for sure not as much as I like), it's the children's books and the audio books that give this impression.

And really, sometimes it's difficult to keep up with the reviews, but I must admit I write them for me as well. It helps me shape my thinking around a particular book, and sometimes, when I read an "old" review of mine, I like remembering how I felt at the time of reading (and sometimes my feeling about a book has changed with time, which always feels strange, especially if I don't feel I have thought particularly of that book since I have read it).

>45 lilisin: Same plans about The Testaments: first I need to "digest" The Handmaid's tale, second I guess we won't have much to wait before the paperback edition is released.

47rocketjk
Editado: Nov 3, 2019, 11:08am

>46 raton-liseur: "And really, sometimes it's difficult to keep up with the reviews, but I must admit I write them for me as well. It helps me shape my thinking around a particular book, and sometimes, when I read an "old" review of mine, I like remembering how I felt at the time of reading . . . "

Yes, this is true for me, as well. I occassionally get pleasantly distracted reading through old review threads of mine. Taking a trip through time to go over my reading journey of several years back can be very enjoyable.

48raton-liseur
Nov 3, 2019, 10:29am

>47 rocketjk: That's what is comforting in this group. Nevermind how weird seems your behaviour in relation to books, there is always someone who understands you and/or shares the same weird behaviour.
Most of the people I know in real life would not be as understanding as you are!

49rocketjk
Nov 3, 2019, 11:08am

>48 raton-liseur: "Most of the people I know in real life would not be as understanding as you are!"

Oddly enough, I think of myself as being "in real life." Or were you thinking I was an algorithm? :)

50baswood
Nov 3, 2019, 1:40pm

>34 raton-liseur: je peux vous recommender As Trains pass by (Katinka) de Herman Bang. J'ai lu le mois dernier et il a même sense de mélancolique.

51raton-liseur
Nov 3, 2019, 1:59pm

>49 rocketjk: Fortunately, with the new LT feature "are you a robot", I can be assured you're not an algorithm.
I guess "real life" is not the right wording. I should say "people I can recognise in the street", not those who I know only through computers.

52raton-liseur
Nov 3, 2019, 2:00pm

>50 baswood: C'est une bonne idée, merci!

53raton-liseur
Nov 5, 2019, 1:10pm

Bought the Prix Goncourt today... Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon (Not all men inhabit the world the same way, nice title), by Jean-Paul Dubois. It’s the first time I buy a book the day after it had been awarded such Prize.
I've never read anything from this author, but I read the blurb yesterday after the Prize was announced, and felt it could be a good book for me.

I've been disappointed by the Goncourt in the past couple of decades, but the bookseller today told me: "Ne laissez pas le Goncourt vous empêcher de le lire" (Don't let the Prize prevent you from reading it). She and her colleague were so convincing that here I am... Another book on the shelves...

54dchaikin
Nov 5, 2019, 1:58pm

Congrats on catching up. Enjoyed all this. (Smiled at >48 raton-liseur:...I can relate). I was really interested in your review of Girl and all you had to say about it. I might want to read that. I was also really interested in a couple graphic novels/comics you reviewed. Eleanor Coerr's Sadako and the Thousand Paper Cranes (or Les milles oiseaux d’Hiroshima) fascinates and makes me think of Barefoot Gen, written and illustrated semi-aubiographically by Keiji Nakazawa, who was six when he survived Hiroshima because he was shorter then the nearby wall. The other was L’Envolée sauvage, which left me thinking about, the maybe now iconic, Maus series. (Spiegelman, the Maus author, was inspired partially by Nakazawa).

55raton-liseur
Editado: Nov 6, 2019, 5:35am

>54 dchaikin: I did not know Barefoot Gen. It's a comics book, right?

Regarding L'Envolée sauvage, it's supposed to be a comics for children. It is much softer than Maus, and it does not have the weight of a real story. I should have mentionned in my review that the scenarist has found a way to smoothen the hardship of the story. In the first two, it is the relation between Simon and birds, in the two last ones, it is Ada's ability to make up stories for her sister. Stories with a meaning, but children stories, always. It's a nice series, worth a look, especially if there are children (not too young) or grown up children around.

56raton-liseur
Editado: Nov 6, 2019, 5:26am

127. The Handmaid’s Tale - Margaret Atwood
(Traduit de l’anglais sous le titre La Servante écarlate)



She goes to the sink, runs her hands briefly under the tap, dries them on the dishtowel. The dishtowel is white with blue stripes. Dishtowels are the same as they always were. Sometimes these flashes of normality come at me from the side, like ambushes>. The ordinary, the usual, a reminder, like a kick. I see the dishtowel, out of context, and I catch my breath. For some, in some ways, things haven’t changed that much.
(p. 54, Chapter 8, Part 4, “Waiting room”).

What’s dangerous in the hands of the multitudes, he said, with what may or may not have been irony, is safe enough for those whose motives are …
Beyond reproach, I said.
He nodded gravely. Impossible to tell whether or not he meant it.

(p. 162, Chapter 25, Part 10, “Soul scrolls”).
Il en faut, parfois, des tours et des détours… J’avais entendu parler de ce livre à plusieurs reprises (même si je découvre qu’il date de 1985, je ne le pensais si « vieux » tout de même), mais le sujet était un peu trop glauque. Puis vient l’adaptation Netflix (je ne suis pas abonnée, mais le livre a refleuri sur les tables de toutes les librairies), mais non, la couverture était moche, et ce n’est pas une adaptation en série qui allait guider mes choix littéraires. Puis, on dirait que j’ai vécu dans une caverne ces dernières semaines, mais je le vois à nouveau bien en évidence sur les étagères de la librairie il y a une quinzaine de jours, cette fois avec une belle couverture. Mais je venais de le réserver à la bibliothèque, que faire ?… Hum, je ne suis pas très fière de moi, mais, ne voulant pas attendre alors que je partais bientôt pour quelques jours de vacances, je me suis dit que je devrais le lire en anglais ! Quelle bonne idée, il fallait donc que je l’achète ! Et pour me donner raison, la librairie en avait bien un stock en anglais, et avec une couverture pas mal du tout aussi. Donc me voilà partie, avec mon livre en anglais sous le bras. Et je n’ai pas été longue à le commencer, et même à le finir.
Mais maintenant, comment écrire cette note de lecture ? Il y a tant de choses qui ont déjà été dites et écrites, tant d’analyses et de réflexions. Et puis j’ai aimé, comme la plupart des lecteurs, alors quelle pierre apporter à un édifice de louanges déjà si bien construit ?

J’ai toujours été intriguée par l’histoire de Rebecca et sa servante, dans la Genèse, trouvant malsain cette façon de faire. Ce n’est pas de l’adoption, c’est prétendre qu’un enfant est né de soi quand il ne l’est pas. Margaret Atwood, qui pousse la logique de cet épisode à son paroxysme, érige l’infertilité en norme et la fertilité en exception. Cela couplé à un régime qui a évolué vers une sorte de dictature religieuse, et l’on se retrouve dans une société de caste, où le rôle des femmes est redéfini autour de ses attributs archaïques usuels : la reproduction, le foyer et la cuisine. Et l’on a : le rouge, le vert et le bleu, ou le rayé pour les plus pauvres… Et ce qui est dérangeant (je dis « ce qui … », comme s’il n’y avait qu’une chose de dérangeante…), c’est qu’à plusieurs reprises, Margaret Atwood présente cela comme une sorte de suite logique des luttes féministes, au moins de certaines luttes, de certaines féministes. Et c’est là que cela fait froid dans le dos. La femme garante de la cohésion du foyer, la trilogie de la nourriture, du ménage et de l’enfantement, c’est effectivement une image qui parle à certaines femmes, c’est effectivement ce qu’elles veulent. Que l’on s’entende bien, qu’elles le veuillent pour elle-même, cela ne me pose aucun problème, je peux même concevoir que ce soit un idéal de vie, une façon tout à fait satisfaisante de rendre sa vie utile, ou digne d’être vécue. Cela me pose problème lorsque cette vision commence à s’imposer à toute et à définir la féminité. Et c’est ce que l’on a ici, une définition extrêmement stricte et précise de ce qu’est être une femme, imposée par des hommes, ou des femmes, on ne le saura pas. Car Margaret Atwood ne s’intéresse que très peu à comment on en est arrivé là, en si peu de temps même. Ce n’est pas le processus qui l’intéresse, c’est l’état auquel il aboutit et, surtout, comment on peut vivre dans ce nouveau monde, ce nouvel équilibre.

Et c’est là qu’il faut que je commence à parler du personnage principal, la narratrice, qui s’est vue attribuée la fameuse robe rouge, celle de la fonction reproductrice. Et l’on voit ce que les autres femmes pensent d’elle, ce que les hommes pensent d’elle, mais aussi ce qu’elle pense d’elle-même. Quelques éléments sur le lavage de cerveau qu’elle a subi, et qui n’a manifestement pas fonctionné, juste de quoi nous mettre dans le bain, d’installer l’atmosphère pesante. Et nous partageons quelques jours de la vie de notre narratrice, Offred. Des jours vides. Tout est vide : la chambre, le jour, la nuit, les relations avec autrui. Il y a bien sûr quelques événements pour remonter le moral, une naissance par exemple (à condition que l’enfant survive, qu’il soit bien conformé, ça ce n’est pas garanti…), ou bien une rédemption (rien de tel qu’une petite exécution publique pour affermir sa foi, n’est-ce pas ?...).
Ces événements donnent de la substance au livre, permettent d’explorer une société complètement vérouillée, où tout est cérémonial et policé à l’extrême. Mais la vraie substance du livre est dans le rien, dans le vide. Le rien de cette chambre où tout est enlevé pour éviter toute tentation, et on comprend très vite de quelle tentation il peut être question. Le rien d’une vision sur le monde qui ne se fait qu’à travers les ailettes blanches d’une coiffe faite pour protéger et qui enferme. Le rien de conversations qui n’existent pas, ou tellement hâchées qu’elles n’ont plus que la signification qu’on veut bien leur donner.
Un monde tellement vide que la moindre intonation de voix, le moindre regard, le moindre mot peut donner lieu à des heures d’exégèse. Parce qu’il faut bien les remplir ces heures vides, et ce n’est qu’en exploitant chaque plus rien que cela devient supportable. Chaque petite fissure dans le mur peut remplir la contemplation d’une après-midi ; un mot sur un coussin est une lecture pour des heures entières ; une phrase dite au détour d’une conversation qui n’en est pas une peut vouloir dire dissidence débutante, ou peut-être obéissance aveugle, ou bien tout simplement que l’on invente tout à force de tourner et retourner les choses dans sa tête.

C’est un livre de plusieurs centaines de pages dans lequel il ne se passe pas grand-chose, presque rien en fait. Et pourtant, je n’ai pas pu m’en détacher. Cette femme, Offred, avec son mélange de courage et de résignation, sa façon de toujours réussir à garder la tête hors de l’eau et de courber le dos pour éviter de se faire remarquer, avec ses souvenirs et ses espoirs qu’elle sait vains. Cette femme a beaucoup à nous apprendre sur ce que peut être le fait de vivre dans un monde rigide, où rien n’est un choix, jamais vraiment.
Il y a de toutes les religions ici. Du chrétien bien sûr, mais on ne peut s’empêcher de penser à l’islam, au bouddhisme même avec les « soul scrolls ». J’ai beaucoup lu ces derniers temps que lire La Servante écarlate maintenant était bien différent par rapport à le lire au moment de sa sortie. C’était alors une dystopie qui faisait froid dans le dos, alors que ce serait maintenant la description d’un futur pas si hypothétique que cela. Je ne sais trop quoi en penser. Je sais bien que le féminisme n’est plus ce qu’il était, que certains droits, notamment les droits des femmes, semblent parfois bien chancelants. Je sais aussi que les religions semblent reprendre du poil de la bête, regagnant une légitimité auto-proclamée à se mêler de la vie publique. Alors je ne sais pas en quoi ce livre est aujourd’hui plus proche de la réalité qu’il l’était il y a trente ans, mais c’est un livre qui parle, en tout cas qui m’a parlé. Il m’a parlé parce que je me suis sentie proche de cette femme, Offred, qui coupe les cheveux en quatre parce qu’elle ne peut rien faire d’autre, qui oscille entre sens de la conservation et envie de rébellion, même si ce n’est qu’une rébellion toute interne. Il m’a parlé parce que oui, il fait réfléchir sur nos choix politiques en tant que société, et comment nos comportements individuels ou notre absence de comportement peut amener à une situation dans laquelle si peu de personnes se reconnaissent finalement.

Et pour finir l’histoire, juste après l’avoir lu en anglais, je suis retournée dans une librairie, pour acheter le livre en français. Je voulais voir à quoi ressemblait la traduction, ou du moins c’est l’excuse que je me suis donnée pour ce nouvel achat de livre. Et j’ai vu qu’Offred était devenue Defred, et les « soul scrolls » des parchemins de l’âme. C’est toujours amusant de voir comment des nouveaux mots et des concepts nouveaux sont traduits en français. Bien sûr, j’avais d’autres images dans la tête, mais j’ai bien aimé les traductions proposées par Sylviane Rué, malgré la façon dont le titre a été drastiquement changé. Je me retrouve donc maintenant avec deux exemplaires de ce livre, et je viens aussi de comprendre pourquoi ce livre fait à nouveau la une des librairies : la suite est parue. J’avais bien dit que j’avais dû vivre dans une caverne ces dernières semaines… J’attendrais un peu que la poussière retombe avant de lire cette suite, je passerai ainsi du rouge au vert, mais cela attendra un peu, que je puisse continuer à penser un peu à Offred, et à ce qu’elle fut, ce qu’elle est, ce qu’elle pourra être, et ce qu’elle nous dit sur ce que nous sommes et ce que nous pourrions être. Homme, femme, et société.

57dchaikin
Nov 6, 2019, 9:41am

Enjoyed your take and fresh eyes and dual-lingual perspective on The Handmaid’s Tale.

58raton-liseur
Nov 6, 2019, 12:45pm

>57 dchaikin: Thanks for taking the time to read, or at least skim through, what might be one of my longest review ever...

I was really interested in the translation of the narrator's name. Her name is Offred, which I read first as offered, before understanding how the names were created.
Atwood decided to name the narrator Offred, not Ofglen or Ofwarren who are side characters. I tend to think it is on purpose.

In French, you can't translate both the construction of the name "of XXX" and the pun around offered. So the narrator becomes Defred (and not Deglen or Dewarren), but I felt this translation missed something, and strangely I felt less connected to her.

However, I think I tend to read too much on the intentions of the author especially when I read in English. I don't know if some native English speakers would share my understanding of this name, or if I am totally out of place!

59dchaikin
Nov 6, 2019, 1:13pm

>58 raton-liseur: in my new-ish edition Atwood has an introduction where she explains the similarity between Offred and the word offered (as an offering) was intentional. She wanted the reader to have the connection in mind on some level. Difficult to translate that, however.

60dchaikin
Nov 6, 2019, 1:14pm

(I should add I didn’t pick up on that on my own, so interesting to me, and sharp for you, that you did pick up on it.)

61raton-liseur
Editado: Nov 8, 2019, 1:27pm

>59 dchaikin: Thanks for that, it's interesting!

>60 dchaikin: Sharp, I am not sure. It's probably my bad pronounciation that made me pick this up!
Joke set aside, I feel that reading in another language makes you more aware of that sort of thing. So it might be easier for me to pick up that sort of things than it might be for you!

(Joke set aside, what a bad literal translation from French!!!)

62raton-liseur
Nov 13, 2019, 2:20am

128. Le Secret de Grand-Père - Michael Morpurgo ; traduit de l’anglais par Michael Foreman
(Translated from the English Farm Boy)



Et voilà le livre que j’ai décidé de lire à mes élèves de CM2 en ce début d’année scolaire. J’avais lu le premier tome à certains l’année dernière, et j’ai été heureuse de voir que l’histoire leur était restée en tête et qu’ils étaient heureux de retrouver Albert et son cheval Joey. Pour les autres, pas de problème, il n’est pas du tout nécessaire d’avoir lu Cheval de guerre pour comprendre et apprécier cette histoire.
Albert et Joey sont donc revenus du front et exploitent la ferme familiale comme il avait toujours été écrit qu’ils le feraient. Mais c’est l’entre-deux-guerres, c’est le début de la mécanisation de l’agriculture, c’est un moment compliqué pour ceux qui aiment les chevaux. Un jour, pris de boisson, Albert relève un défi irréaliste, faire labourer ses chevaux plus vite que le tracteur flambant neuf de son voisin trop fanfaron pour être tout à fait honnête. Mais c’est sans compter sur le sort qui parfois, heureusement, est du côté des gentils.
Ce récit est enchâssé dans un autre, celui de l’arrière-petit-fils d’Albert, venu passer quelques mois à la ferme avant de se lancer dans ses études, et qui découvre cette histoire grâce à son grand-père tendrement aimé. C’est donc aussi une belle histoire de transmission.
Beaucoup de jolis thèmes abordés, donc. Et puis pour une maitresse qui veut faire travailler ses élèves sur l’identification des personnages et sur la chronologie du récit (à comparer à la chronologie des événements), c’est un régal (mais je ne l’ai pas fait, c’est le contrat avec mes élèves pour ces lectures-là : juste pour le plaisir d’écouter, pas de questionnaire, aucune évaluation. Juste parfois une discussion à bâtons rompus si je vois qu’ils en ont besoin. J’ai pas exemple expliqué à ces petits citadins ce qu’est une charrue bisoc, et ça les a intéressés !). Et, si ce n’est pas suffisant, il faut que j’ajoute que c’est un vrai plaisir de voir les élèves tendus vers le livre, concentrés comme rarement, parce que, même s’ils savent bien, au fond d’eux-mêmes, que les chevaux vont gagner, il y a un suspens insoutenable, ils veulent savoir comment, et la cloche n’a pas intérêt à sonner avant la fin du chapitre !

63raton-liseur
Nov 13, 2019, 2:30am

Et après cette lecture, mes élèves ont voté et nous allons commencer la lecture de L'Appel de la forêt, de Jack London. Ils ont bon goût mes élèves!

64raton-liseur
Nov 13, 2019, 2:58am

129. Nevermoor, tome 1 : Les Défis de Morrigane Crow - Jessica Townsend ; traduit de l’anglais par Juliette Lê
(Translated from the EnglishNevermoor: 19573020::The trials of Morrigane Crow)



Il nous en aura fallu du temps à M’ni Raton et à moi pour venir à bout de cette lecture, mais ce n’est pas le fait du livre, plus celui de trouver des moments propices à la lecture à haute voix. Et finalement, c’est en retrouvant notre petit rituel de l’histoire du soir de quand les enfants étaient petits que nous avons réussi à le finir. Et que nous allons enchaîner avec le tome 2.
Car M’ni Raton a été aspirée par ce livre, et même M’sieur Raton a commencé à glisser une oreille, puis à ne pas manquer une seule séance de lecture ! Et moi j’ai pris beaucoup de plaisir à le lire à mon petit auditoire. Jessica Townsend a une imagination débordante, le monde qu’elle crée est plein de fantaisie, et une plume bien affutée, le texte qu’elle nous livre est plein d’humour et de réparties très amusantes. C’est donc un plaisir de lire ce livre, surtout avec une petite fille qui rigole à chaque réplique bien sentie ou chaque situation cocasse.
Pour ce qui est de l’histoire, je dois avouer que je suis un peu plus réservée. Puisque les éditions françaises commencent à faire comme leurs consœurs anglo-saxonnes, je n’ai pu éviter de lire des extraits de critiques imprimés sur la quatrième de couverture. Celle de Time Magazine dit « Une aventure Harry Potteresque », cela m’avait d’ailleurs d’abord fait reposer le livre en librairie. Mais je vois, maintenant que nous avons lu tout le livre, à quel point cette assertion est vraie. Beaucoup de parallèles peuvent être faits, entre les deux livres. L’héroïne connectée au méchant, mais qui est prise sous l’aile d’un gentil fantasque et plein de science ; presque une année scolaire pour organiser l’histoire, et j’en passe.
M’sieur Raton est plus indulgent que moi. Est-ce que tous les livres pour pré-ados ne sont pas, de toute façon, organisés autour des mêmes thèmes ? C’est vrai, j’en conviens. Et le message « Ce ne sont pas mes prédispositions qui me définissent, mais ce que j’en fais » est probablement ce que les enfants de cet âge ont besoin ou envie d’entendre (et que les parents veulent aussi qu’ils entendent !). Alors quand tout cela est bien écrit, drôle et que le monde créé est plein de fantaisie et de surprise, je crois que je peux dire que c’est un bon livre. Et si M’ni Raton est conquise et demande de la lecture et de la lecture, que puis-je faire sinon m’incliner, et dire que oui, c’est un chouette livre que l’on ne peut que conseiller aux enfants de onze ou douze ans.
Et, alors que j’écris ces quelques lignes, nous sommes déjà à la fin du deuxième chapitre du tome suivant. En plus d’être un chouette livre, c’est un livre addictif !

65raton-liseur
Nov 17, 2019, 1:24pm

130. De Cape et de Crocs - Alain Ayroles (scénario) et Jean-Luc Masbou (illustrations)
(Not translated into English?)




Cette critique se rapporte aux dix premiers volumes de la série de bande dessinée « De cape et de crocs ».
Tome 1 - Le Secret du Janissaire
Tome 2 - Pavillon noir !
Tome 3 - L’Archipel du danger
Tome 4 - Le Mystère de l'île étrange
Tome 5 - Jean sans Lune
Tome 6 - Luna incognita
Tome 7 - Chasseurs de chimères
Tome 8 - Le Maître d’armes
Tome 9 - Revers de fortune
Tome 10 - De la Lune à la Terre
- S’aller tuer pour un drapeau !... Quelle absurdité !
- Détrompez-vous l’affaire est importante…
… Car il s’agit d’être le vassal d’un roi qui porte une fraise ou de celui qui porte un rabat !

(p. 13, Tome 8, “Le Maître d’armes”).

Ce terrible géant, vu de près, n’est qu’un gnome ! Comment un peuple entier peut-il craindre un seul homme ? Sans votre assentiment, vous opprimait-il ? Le plus brutal tyran, comme le plus subtil, ne peut tenir debout si nul ne s’agenouille !
(p. 44, Tome 9, “Revers de fortune”).
Cette bande dessinée a eu un certain succès en son temps, et j’ai été heureuse de pouvoir l’emprunter quand je l’ai exhumée de la réserve de notre bibliothèque villageoise. Il semblerait que je n’ai pas lu les deux derniers tomes de la suite, mais je dois avouer que dix c’est déjà beaucoup à mon goût.
Je crois que je suis assez hermétique aux bandes dessinées mêlant animaux et humains, et je ne vois pas l’intérêt d’avoir fait des deux héros de cette série un loup et un renard, à part pour assurer quelques bons mots.
Les bons mots, d’ailleurs, cette bande dessinée en regorge, ainsi que de références littéraires aussi diversifiées que possible. Le Roman de Renart, donc, Molière et les Fourberies de Scapin bien sûr, Jules Verne avec le fameux De la Terre à la Lune et Cyrano de Bergerac, celui d’Edmond Rostand tout autant que celui qui voyagea dans la Lune et rencontra les Sélènes.
Mais justement, les références sont presque trop nombreuses, les jeux de mots trop fréquents, je crois que j’ai fini par étouffer un peu dans cette bande dessinée. A lire, peut être avec parcimonie, pour s’en délecter petit à petit, par simple goût du bon mot et des phrases emberlificotées qui roulent sur la langue. Car, je fais la fine bouche, mais j’ai tout de même réussi à lire tous les tomes en deux ou trois jours, et je ne me suis jamais fait prier pour prendre le suivant dès qu’un tome était terminé. Et je me prends même à penser que j’aurais bien lu les deux derniers qui me manquent !
Finalement, je devrais peut-être plutôt dire que je sors de cette lecture étourdie. Etourdie de références culturelles et historiques, étourdie de phrases, d’alexandrins et de bons mots. Etourdie, mais contente de l’être !

66raton-liseur
Nov 17, 2019, 1:28pm

131. Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon - Jean-Paul Dubois
(Not translated into English)



Pourtant, je ne regrettais rien de cette vie qui n’avait pas l’air de grand-chose, mais qui me suffisait.
(p. 213, Chapitre 10, “L’avion, le tracteur et l’attente”).
Je me pique de ne pas laisser les prix littéraires influencer mes choix de lecture, mais je ne peux m’empêcher de m’intéresser aux livres qui sont ainsi couronnés tous les ans. Peu au fait de l’actualité de cette rentrée littéraire, je n’avais même pas entendu parler de ce livre, et j’en ai découvert le titre et le résumé dans l’article qui annonçait le vainqueur du Goncourt 2019. Un titre qui ne peut que m’attirer, et un résumé qui finit de me convaincre. Mais c’est un Goncourt, quand même, donc je ne peux m’empêcher d’éprouver quelques réticences. Passant « par hasard » dans ma librairie préférée le lendemain, je tourne autour du livre, le prends, le redépose, le reprends… Et une libraire de m’expliquer que beaucoup d’entre eux l’ont lu et l’ont aimé, pour des raisons différentes, mais l’ont aimé, qu’ils sont heureux que ce soit lui qui ait eu le Goncourt, pour une fois c’est un roman qui le mérite, et caetera, et caetera, qu’enfin il ne fallait pas que je m’empêche de le lire parce qu’il avait reçu le Goncourt (comme quoi, je ne suis pas la seule à éviter les prix littéraires ?). Bref, chat échaudé craint l’eau froide, mais je me suis tout de même laissée convaincre et, le soir même, je me lançais dans cette lecture pleine de promesses.
J’ai fini ce matin, enfin… 250 pages, mais quel pensum. Car oui, je me suis ennuyée tout du long, je n’ai trouvé aucun intérêt à ce livre, ni dans l’histoire sans relief, dans sa construction plutôt bancale (avec le suspens de la cause de la condamnation de notre narrateur, d’abord artificiel puis qui se lézarde rapidement), ni dans l’écriture d’une grande platitude elle aussi.
Et maintenant je me sens seule. Seule devant cette avalanche de critiques positives, qu’elle soit le fait du jury du Goncourt, des critiques professionnels (j’ai écouté ce matin, après avoir fini mon livre et avant d’écrire ces lignes, l’émission de France Culture, La Dispute, de jeudi dernier, qui revenait sur les prix de la saison et encensait le Goncourt), des libraires et du large lectorat déjà conquis. Comme parfois dans ces cas-là, je me demande s’il me manque quelque chose, de l’empathie, de la tendresse pour mon prochain, puisque ce livre est sensé en être l’expression. Suis-je donc un cœur sec que je ne peux apprécier ce bouquin ?
Ou est-ce parce que Jean-Paul Dubois est un journaliste, et plutôt bon si j’en crois le plaisir et l’intérêt que j’ai eu à lire L’Amérique m’inquiète (je m’étais aperçue de la similitude de nom, mais il m’a fallu vérifier pour en être sûre). La simplicité de son écriture serait alors plutôt de l’efficacité journalistique. L’indigence de l’histoire serait plutôt parce qu’il écrit sur un type de personne que sur un personnage en particulier (lu dans une interview : il voulait faire un roman sur un concierge et se demandait comment il pourrait tenir 250 pages là-dessus, alors lui est venue l’idée de le mettre dans une prison. Etrange motivation pour créer un personnage…). Et d’ailleurs, pourquoi 250 pages, il me semble que l’on ne définit pas la longueur d’un livre a priori, si ? C’est plus une attitude de journaliste, cela, qui sait de combien de lignes ou de signes il dispose. Et le journalisme ouvre bien des portes, il est plus facile probablement d’être publié, d’être lu et critiqué sur les grands médias lorsque l’on fait partie du sérail. Je me demande si, consciemment ou non, il n’y a pas un peu de cela dans l’enthousiasme que génère ce livre. Aurait-il passé le comité de lecture s’il avait été adressé simplement à un éditeur ?
J’arrête là mes hypothèses, sinon je vais passer pour une lectrice mesquine et aigrie, ce que je ne pense pas être. Mais c’est un fait que je suis complètement passée à côté de ce livre, qui m’a laissée indifférente, dont la lecture a été un pensum et que je me suis forcée à terminer pour lui donner sa chance jusqu’au bout. Tant pis pour moi, je suppose, mais je préfère maintenant retourner à des lectures plus stimulantes comme il en existe tant.

67baswood
Nov 17, 2019, 5:15pm

>66 raton-liseur: Donc il faut éviter.

68raton-liseur
Nov 18, 2019, 2:25am

>67 baswood: Bon résumé! (du moins à mon avis).

69raton-liseur
Nov 20, 2019, 2:18am

132. Iffig : En avant la musique ! - Pascal Stervinou (scénario) et Yves Cotten (illustrations)
(Not translated into English)



Trouvée par hasard dans la réserve de la bibliothèque, et empruntée par simple curiosité, teintée d’une pointe de chauvinisme et d’une envie de dépoussiérer un livre qui n’était pas sorti de ses étagères depuis longtemps. Mais bon, les blagues sur une page façon Boule et Bill, ce n’est pas ma tasse de thé. On oscille entre blagues qu’on pourrait trouver dans n’importe quelle BD de ce format et blague à légère consonance bretonne (les festou noz, les coiffes, le temps, tous les poncifs habituels, quoi…). Rien de fantastique, donc. Les auteurs n’ont commis qu’un tome, et cela me paraît effectivement suffisant.

70raton-liseur
Editado: Dez 5, 2019, 4:10pm

133. Sur les Ossements des morts - Olga Tokarczuk ; traduit du polonais par Margot Carlier
(Translated into English as Drive Your Plow Over the Bones of the Dead)



Je disais il y a quelques critiques de cela que je ne suis pas influencée par les prix littéraires, et me viola en train de lire un livre uniquement parce que son autrice vient d’être créditée du Prix Nobel, cherchez l’erreur… Il faut dire, j’ai un peu de mal avec la littérature allemande et d’Europe de l’Est. Je ne sais pas pourquoi, je trouve cette littérature geignarde, ce n’est pas un mot très agréable, mais c’est bien celui qui me vient à l’esprit spontanément. Je me suis dit qu’avec un Prix Nobel, je serais sûre de trouver de la littérature qui a quelque chose à dire, qui vaut le coup. Alors j’ai essayé le seul livre de cette dame qui existe en livre de poche en français.
Et j’ai eu le côté geignard dont je parlais plus tôt. Cette petite vieille, avec tous ses petits ennuis de santé, ses petites manies, ses petites lettres de réclamation. Mais je me suis accrochée, j’ai continué ma lecture. Et je ne sais pas par quelle magie, finalement, tout cela a pris forme, s’est agrégé en un ensemble à peu près cohérent : la nature, l’astrologie, les meurtres, les traductions de William Blake, les désagréments de la vieillesse,… et j’ai fini par me laisser entrainer, voire emporter.

Ce fut donc une expérience de lecture intéressante, un livre que j’ai fini avec plaisir (plaisir de la lecture, mais aussi, tout de même, plaisir d’en avoir fini). Mais une fois le livre refermé, je ne sais pas très bien quoi en garder. Qu’a-t-elle voulu me dire ? Que doit-il m’en rester ? Je me doute bien qu’il y a autre chose qu’un cosy murder, ou un frozy murder peut-être, je me doute qu’Olga Tokarczuk n’a pas juste voulu réécrire Le meurtre de Roger Ackroyd en plus grincheux. Mais je crains que cette lecture ne soit, pour ma part, vite oubliée, et je ne suis pas sûre de revenir aux romans d’Olga Tokarczuk de sitôt, ou alors il faudra que je lise d’abord pourquoi ces messieurs-dames du Nobel ont décidé de lui attribuer ce prix.

71raton-liseur
Editado: Dez 5, 2019, 4:25pm

134. Leonid, Les Aventures d’un chat, tome 1: Les deux albinos - Frédéric Brrémaud (scenario) et Stefano Turconi (illustrations)
(Not translated into English)



Je me suis laissée tenter par la couverture lorsqu’une jeune lectrice a rendu ce livre il y a quelques semaines à la bibliothèque. Une jolie couverture aux couleurs et aux lignes douces. Mais l’histoire m’a déçue. J’espérais plein de jolis sentiments et d’amitié merveilleuse entre les animaux, mais je me suis retrouvée face au premier tome d’une histoire à rallonge avec des combats entre clans et des méchants vraiment méchants, qui veulent réduire en esclavage ou tuer. Et pour couronner le tout, les méchants vraiment méchants sont des albinos. Je deviens peut-être un peu trop politiquement correcte, mais qu’est-ce que j’en ai assez des méchants qui doivent aussi avoir des particularités physiques. Soit le message subliminal est que l’on porte sa méchanceté sur son front, soit c’est qu’ils sont méchants parce qu’ils souffrent de leur différence. Que ce soit l’un ou l’autre, c’est un message auquel je n’adhère pas. C’est donc une bande dessinée, qui pour moi, n’aura pas de suite. Dommage pour le coup de crayon qui doit correspondre aux goûts de nombreuses jeunes damoiselles.

72raton-liseur
Dez 14, 2019, 1:26pm

135. Le Hussard - Arturo Pérez-Reverte ; traduit de l’espagnol par François Maspero
(Not translated into English)



Ainsi, c’était cela. De la boue aux genoux et du sang sur le ventre, la stupéfaction peinte sur les traits des morts, des cadavres dépouillés, de la pluie et des ennemis invisibles dont la seule fumée de leurs tirs indiquait la présence. La guerre anonyme et sale. Il n’y avait pas la moindre trace de gloire sur le soldat qui gémissait, la tête bandée et la figure dans les mains, ni sur l’autre blessé qui contemplait ses tripes répandues comme on formule un reproche.
(p. 79, Chapitre 3, “La matinée”).

Je ne sais plus trop comment je suis tombée sur ce titre de Pérez-Reverte. Je crois avoir entendu dire qu’il était dans la veine du Peintre de batailles, et c’est pour moi une recommandation suffisante pour avoir envie de lire un livre. Mais c’est avec surprise que j’ai découvert, en l’ouvrant pour enfin le lire (cela fait quelques années que ce livre est sur mes étagères, a traversé deux fois l’atlantique, et a peut-être même fait d’autres voyages), qu’il s’agit en réalité de la première œuvre de fiction de Pérez-Reverte.
Cela explique peut-être qu’elle n’ait pas la puissance ou l’originalité d’œuvres ultérieures, mais on y trouve déjà les thèmes chers à Pérez-Reverte, puisqu’il est déjà question des guerres napoléoniennes en Espagne (un fait dont je n’ai jamais entendu parler dans mes cours d’histoire au collège ou au lycée, serait-ce lié au fait que ce fut un fiasco ?). On y retrouve aussi la description de la guerre dans ce qu’elle a de peu glorieux, loin des grands discours exaltés et de la vaniteuse gloriole.
Pérez-Reverte est toujours un correspondant de guerre en activité lorsqu’il écrit et publie ce roman. Faut-il donc voir un peu de lui dans le personnage de Frédéric Gluntz, rejeton d’une famille alsacienne aisée, qui avait embrassé la carrière militaire dans l’espoir de se couvrir de gloire malgré son statut de cadet et qui, dans ce livre à la construction théâtrale (unité de lieu, de temps et d’action), découvre la réalité de la guerre après l’avoir fantasmée dans ses casernements successifs.
Voilà déjà un bon opus de la part de Pérez-Reverte. Ce n’est pas son meilleur, surtout sur ce sujet qui lui tient à cœur et qu’il ressasse dans plusieurs de ses livres, mais c’est un livre court, qui va à l’essentiel, et que j’ai aimé lire parce qu’il dit très bien la distance entre le discours et la réalité, entre les rêves de gloire et la boue, entre les cadavres sur le bord de la route et les monuments aux morts. Un livre plein de lucidité, facile à lire et à digérer, du fait de la distance entre le personnage et le lecteur, après tout on ne fait plus la guerre ainsi, on ne met plus sa fierté dans ses boutons lustrés à la perfection et ses bottes impeccablement cirées. Nous ne sommes plus ainsi, chacun en conviendra. Mais mon dieu, la guerre est-elle plus jolie maintenant que l’on a troqué le sabre pour la kalachnikov ?

73raton-liseur
Dez 14, 2019, 1:58pm

136. Longue Journée sur le Mékong - Na-mi Choi (texte) et Sinae Joe (illustrations) ; traduit du coréen par Evelyne Bernard-Guelle
(Not translated into English)



Un livre gentiment envoyé par la maison d’édition, via l’opération masse critique de Babelio. Je m’étais portée volontaire pour recevoir ce titre seulement à cause de la belle couverture et du souvenir d’une autre lecture, très lointaine, qu’elle éveillait en moi. J’ai été surprise, en recevant ce livre, de m’apercevoir qu’il s’agissait d’un album et non d’un livre, mais je m’y suis plongée avec le même entrain.
Il n’y a pas véritablement d’histoire ici. On suit une petite fille, Tui, au long de sa journée, et c’est le prétexte pour découvrir un pays et une manière de vivre qui nous sont inhabituelles. Le livre est très didactique, mais il ne tombe pas dans la caricature, parce qu’il évoque la vie sous ses aspects économiques (les taxis-bateaux, les marchés sur l’eau) et domestiques (le culte des morts par exemple), sans pour autant résumer tout cela à une suite d’attractions touristiques.
Les illustrations, mélange de dessin aux couleurs ternes (ce qui est une bonne chose, car cela rend les scènes plus réalistes) et de collage d’éléments photographiés, donnent envie de s’arrêter dessus, pour en capter les détails. Elles donnent au livre une ambiance de vrai et de simple qui complète bien le texte.
Une réussite, donc, et un livre à recommander à qui veut, parent, ami ou enseignant, faire découvrir ce pays à des enfants curieux de ce qui les entoure et de ce qui est loin et différent.

74raton-liseur
Dez 29, 2019, 2:29pm

137. Il pleuvait des oiseaux - Jocelyne Saucier
(Translated into English as And the Birds Rained Down)


Et ça, dit-il en désignant la boîte de fer-blanc [qui contenait la dose de strychnine qui lui permettrait d’en finir], c’est ce qui donne son prix à un coucher de soleil quand on a mal à ses os, c’est ce qui donne le goût de vivre parce qu’on sait qu’on a le choix. La liberté de vivre ou de mourir, y a pas mieux pour choisir la vie.
(p. 123, Chapitre 6, “La troisième vie de Charlie”).
Un gentil petit livre. J’en avais entendu parler, puis j’ai eu l’opportunité d’assister à une table ronde littéraire à laquelle Jocelyne Saucier participait, lors de l’édition haïtienne du Festival Etonnants Voyageurs en 2012, celle qui suivait le tremblement de terre de 2010 (qui avait annulé l’édition prévue à ce moment-là et qui valut à Dany Laferrière d’être à Haïti ce jour-là, ce dont il a tiré un livre, Tout bouge autour de moi, qui m’a d’ailleurs laissé une impression plutôt mitigée). Le livre n’a rien à voir avec ce préambule, mais c’est suite à cette table ronde que je me suis dit que oui, décidément, il fallait que je le lise. Cela arrive plus de sept ans plus tard, peut-être cela veut-il dire que j’ai de la suite dans les idées, ou bien que je suis un peu lente à la détente. Je n’oserai pas trancher ici.
Nous voici en forêt, entourés de petits vieux qui ont décidé de vivre comme ils l’entendaient leurs dernières années sur cette terre, loin des contraintes de la vie en société, de son administration, de ses règles, de ses tracasseries, de ses infantilisations et de ses attentes. Des petits vieux qui ont décidé que la vie valait la peine tant qu’on pouvait la vivre de façon indépendante et autonome. Ces trois petits vieux et les deux acolytes qui les rattachent encore à la civilisation voisine voient leur petit train-train et leur équilibre tranquilles un peu chahutés par l’arrivée de deux femmes. Une photographe qui enquête sur les grands feux de forêt du début du XXème siècle, et une petite vieille qui s’ouvre à la vie.
C’est un livre assez émouvant, qui fait réfléchir au grand âge, à la valeur de la vie et à l’importance de l’autonomie et de l’indépendance. C’est un livre, de par les valeurs qu’il met en avant, que Jack London n’aurait probablement pas renié. Pourtant, je n’ai pas véritablement accroché à l’histoire, ne me suis pas sentie proche des personnages même si je l’aurais voulu. Ce fut donc un moment de lecture plutôt agréable, mais qui ne restera probablement pas très longtemps dans ma mémoire de lectrice. Mais rien que pour le titre et pour le dépaysement, c’est une lecture qui vaut la peine d’être tentée si on est prêt à embarquer pour ce genre de voyage.

75raton-liseur
Dez 29, 2019, 2:38pm

138. Le Dernier Frère - Nathacha Appanah
(Translated into English as The Last Brother)


Je la revoyais dans notre maison de la forêt, les épaules remontées comme préparée à jamais à recevoir des coups, je la revoyais avec ses mixtures, ses potions et ses formules magiques. Je la revoyais tomber, éreintée par mon père, et je ressentais son poids, soudain, dans mes mains. Je la revoyais avec la perruche rouge et j’entendais son éclat de rire devant David. Je repensais à ces longs mois où matin et soir, elle avait massé mes jambes pour me guérir. Et là, ce petit bout de femme souriante au balcon, en plein soleil, c’était elle et à la fois ce n’était pas elle, et, sur le chemin du retour, je finissais toujours par pleurer pour cela, pour l’illusion de cette douceur à la fin, pour ces choses qui viennent beaucoup trop tard pour tout effacer.
(p. 198, Chapitre 15).
Livre lu après l’avoir découvert au détour d’une critique élogieuse, et puis j’étais curieuse de découvrir une nouvelle autrice contemporaine. Ce fut pour moi une lecture en demi-teinte, et c’est peut-être même généreux de le dire comme cela. Il est question de la Seconde guerre mondiale et de l’exil des juifs, il est question de l’île Maurice et de la pauvreté extrême qui y règne, il est question de l’enfance, de ses rêves, de ses blessures. Mais à trop embrasser, Nathacha Appanah me semble mal étreindre. Elle n’a pas, à mon avis, réussi à faire de tout cela un ensemble cohérent. Et pourtant, j’aurais aimé aimer Raj, j’aurais voulu avoir envie de sauver David. J’aurais été contente de vouloir vivre cette grande fraternité improbable entre deux damnés de la terre, chacun à sa façon. Mais je n’ai pas réussi à croire à l’histoire, pas même à cette amitié qui se crée comme par magie d’un côté à l’autre des barbelés, je n’ai pas réussi à ressentir de l’empathie pour les personnages, malgré toutes les vicissitudes dont la vie les a accablés.
La faute à une histoire qui se veut riche mais que la concision du texte rend superficielle, la faute aussi à une écriture qui ressemble trop à une belle rédaction du lycée, mais pas à une écriture d’écrivain. Trop scolaire et pleine d’approximation, elle ne m’a pas permis d’entrer dans l’histoire et je suis toujours restée à la porte, en dehors, et j’ai fini ce livre sans ressentir l’émotion qu’il aurait dû susciter. C’est donc un coup d’épée dans l’eau. A voir si la persévérance de cette autrice qui a déjà publié plusieurs titres lui permettra d’affermir ses intrigues et surtout son style. Je resterai donc à l’affût.

76raton-liseur
Jan 15, 2020, 9:22am

My 2020 thread is well underway, as are my 2020 readings, but I am still behind on my 2019 reviews, with still four of them missing. It's time to try to catch up, make some concluding notes and fully turn to the readings ahead!
So let's start to finish!

77raton-liseur
Jan 15, 2020, 9:23am

139. L’Enfant cachée - Loïc Dauvillier (texte) et Marc Lizano (illustrations)
(Translated into English as Hidden: A Child's Story of the Holocaust)



Une bande dessinée très bien faite sur un sujet extrêmement complexe à traiter. Le titre ne le dit pas tout à fait, mais le dessin de la couverture ne laisse pas de place au doute. Il est ici question d’une enfant juive pendant la seconde guerre mondiale. Echappant par miracle à une rafle qui lui enlève ses parents, elle est recueillie par des gens simples et biens qui l’emmènent se cacher à la campagne. Dans cette bande dessinée de taille standard, on voit l’avant avec les premières lois anti-Juifs, le pendant et l’après avec les familles qui se retrouvent, ou ne se retrouvent pas. L’auteur ne s’appesantit donc sur aucun sujet et il ne faut pas, en tant qu’adulte, s’attendre à apprendre quelque chose sur ces temps troublés.
Mais cette bande dessinée est, je pense, avant tout faite pour les enfants (de plus de 10 ans, certains dessins pouvant être très déstabilisants), et, pour ce public, elle est très bien faite car elle montre la réalité simple et choquante de ce qu’a pu être cette période avec la détérioration du climat social et, chose plus rarement traitée, les conséquences que cela a laissées dans la vie des rescapés : le difficile retour à la réalité, les silences dans les familles…
Les dessins sont simples, avec des personnages à grosse tête qui permettent une certaine distanciation probablement nécessaire pour les lecteurs enfants, mais une image en pleine page très difficile à soutenir, celle de la mère revenant des camps de concentration, me fait penser que, dans tous les cas, la présence d’un adulte est probablement nécessaire. Pas pour la lecture, mais plutôt pour en parler après, juste être là pour écouter les émotions ou les ressentis, et pour répondre à d’éventuelles questions. Mon M’ni Raton a lu cette bande dessinée, plusieurs mois avant que je ne l’emprunte à mon tour à la bibliothèque. Certes, elle a presque 12 ans, mais cette présence a été nécessaire, et maintenant que j’ai lu ce livre à mon tour, je comprends pourquoi.
C’est donc un livre comme il en existe peu, qui fait toucher aux enfants l’indicible, qui ne cache pas la laideur que revêt parfois le monde, qui ne promet pas que tout se finit toujours bien, et qui fait cela à hauteur d’enfant, avec toute l’attention nécessaire pour que tout cela reste entendable. Un très beau travail, et une bande dessinée que je ne peux que recommander aux adultes en général, et aux adultes qui veulent permettre aux enfants d’une dizaine d’années ou plus d’aborder ces questions complexes qui sont nécessaire et qui font grandir.

78raton-liseur
Jan 15, 2020, 10:27am

140. Les Heures rouges - Leni Zumas ; traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch
(Translated from the English Red Clocks)



Elle ne veut pas limiter sa vie à « en avoir un ».
Ni à « ne pas en avoir un ».
Cesser de réduire la vie à une case à cocher, à une case de calendrier.

(p. 395, dernier chapitre, “La biographe”).

C’est un livre que j’ai découvert récemment, au détour d’une note de lecture sur ce site ou sur un autre. Découverte tardive puisque quelques semaines plus tard, je le découvrais déjà en poche sur les tables de ma librairie habituelle. Et je crois que je comprends le succès qu’a eu ce livre, aux Etats-Unis et ici. Je ne peux nier que je l’ai dévoré, on en tourne les pages sans s’en apercevoir. Leni Zumas est professeur de creative writting, d’écriture romanesque, et elle montre qu’elle s’applique à elle-même les leçons qu’elle donne à ses élèves. Et cela donne un livre qui se vend et qui sait se faire lire.
Mais au-delà de ça ? Si le sujet m’intéressait, s’il est vrai que je me suis trouvée des points communs avec beaucoup de ces femmes, mais ce serait trop intime de les écrire ici, j’ai trouvé le livre trop artificiel : trop de situations, trop de coïncidences pour tout faire rentrer dans la trame du roman, trop de sauts d’un personnage à l’autre sans pour autant faire avancer la réflexion.
La bonne idée est dans le décor qui est planté, celui d’une Amérique (mais l’on pourrait aussi bien être de notre côté de l’Atlantique) qui vote des lois restrictives quant à l’adoption et à l’avortement, une situation politique de plus en plus oppressante et restrictive dans laquelle doivent évoluer des personnages qui, pour une raison ou une autre, voient ces lois interférer avec les décisions qu’ils ont à prendre : une femme en mal de maternité, une autre faisant face à une grossesse non désirée. Mais pourquoi mélanger à cela aussi une femme malheureuse dans son couple (on aurait pu se contenter de la description, d’ailleurs assez juste me semble-t-il, des sentiments ambivalents d’amour et d’enfermement que lui inspirent ses enfants, sans y mêler un mariage qui bat de l’aile) et une guérisseuse qui, certes, prodigue des soins gynécologiques qui semblent de plus en plus difficiles à obtenir, mais n’est-ce pas un peu trop de convoquer les sorcières de Salem pour ce livre ? Et était-il nécessaire d’intercaler des extraits d’une biographie imaginaire d’une glaciologue imaginaire ?
Cela fait au final un peu trop, et rend le livre brouillon. Trop de sujets, trop de « trucs » d’écrivain, j’ai l’impression que l’autrice a voulu plaire à tout le monde, mais moi, elle m’a finalement perdue. Il y avait là matière à une longue nouvelle, juste décrire le contexte et laisser le lecteur faire le reste du travail : et moi que penserais-je de tout cela ? Et moi, que ferais-je ? Mais au bout de ces quelques centaines de pages, j’étais anesthésiée par cette quantité de mots dont beaucoup étaient redondants, et ce livre ne m’a finalement pas fait réfléchir comme il aurait dû. Je suis vite passée à autre chose.

79raton-liseur
Editado: Jan 29, 2020, 2:04pm

141. Les Pêcheurs - Chigozie Obioma ; traduit de l’anglais par Serge Chauvin
(Translated from the English The Fishermen)



Encore un auteur découvert à cause de ma trop forte fréquentation des listes de lecture internet… Mais je ne me plains pas, c’est une découverte des plus intéressantes, Les Pêcheurs n’était pas le titre que je désirais lire au départ, car c’est une critique de son second livre qui m’a fait découvrir cet auteur. Mais c’était alors le seul titre disponible en français, et j’étais trop curieuse pour attendre plus longtemps.
Me voilà donc en partance pour le Nigeria, pour rencontrer une famille à qui tout réussit. Le père est un cadre de la Banque Centrale, la mère a mis au monde 6 beaux enfants dont 5 fils. Une famille bénie des dieux en somme. Mais un jour tout se détraque : le père est muté à l’autre bout du pays, et une prophétie d’un vagabond fou sème la zizanie dans une fratrie jusque-là unie à la vie à la mort. C’est alors une descente aux enfers inexorable qui commence. De sursaut en sursaut, la famille et ses individus tour à tour tentent de se battre contre la fatalité, ou bien se laissent submerger par l’inévitable.
J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire, principalement à cause de la quatrième de couverture, qui parle de significations stupéfiantes. J’ai alors passé toute la première partie de ma lecture à chercher à décrypter les métaphores qu’il pourrait y avoir, n’en trouvant aucune et ayant le sentiment de ne rien comprendre. C’est quand j’ai finalement décidé d’abandonner cette posture de lecture pour profiter de l’histoire au premier degré que je me sui enfin sentie à l’aise dans cette lecture.
A l’aise, c’est probablement beaucoup dire parce que ce livre est particulièrement sombre, mais il est prenant, je me suis sentie happée par cette évocation de la vie d’une famille igbo. Chigozie Obioma sait doser juste ce qu’il faut d’histoire familiale particulière et contexte social et politique. J’ai eu la sensation, grâce à ce livre, de comprendre un peu mieux une partie du Nigeria, les difficultés de la vie quotidienne, l’absence de perspective, le fait de se débattre entre résignation et sursaut de protestation.
Je me suis sentie à la fois proche des personnages dont j’ai partagé les tourments et infiniment étrangère à cette culture, un étrange sentiment qui, une fois que je suis entrée dans cette lecture, ne m’a plus quittée.
Ce roman m’a demandé du temps et des efforts pour que je l’apprivoise, mais une fois que je suis rentrée dedans, je n’ai plus pu m’en détacher. C’est à mon avis une belle réussite. A la fin de ce livre, le premier roman de ce jeune auteur, se dessine une plume intéressante. Je ne sais vers où il décidera d’aller mais, je sais que je le suivrai dans son second roman, que je voulais déjà lire et que cet avant-goût me donne encore plus envie de découvrir.

80raton-liseur
Jan 29, 2020, 2:09pm

142. Gisella et le Pays d’Avant - Mordicai Gerstein ; traduit de l’anglais par Michelle Nikly
(Translated from the English The Old Country)



C'est à cause de la couverture que j'ai emprunté ce livre sur les étagères enfants de la bibliothèque de mon village. Et puis le titre aussi, bien plus engageant que le titre original (The Old Country), avec ce prénom étrange et puis ce bien mystérieux pays d'Avant...
Le titre le laisse pressentir, la lecture le confirme, il s'agit d'un conte pour enfant, qui se passe dans un pays imaginaire et où la magie est omniprésente. La petit fille qui échange son corps avec la renarde, les êtres qui nous sont habituellement invisibles... Et dans ce contexte magique déjà presque suffisant en soi, vient s'insérer une histoire de guerre. Guerre absurde pour le simple fait d'avoir plus de pouvoir, rejet des minorités juste simplement parce qu'elles sont cela, des minorités.
Je me suis un peu perdue dans tous ces thèmes, et la lecture m'a finalement parue plutôt laborieuse.
Je ne connaissais pas cet auteur, mais l'impression qu'il me donne est d'avoir voulu en mettre trop dans un seul livre. Il a de bonnes idées pour mettre en scène l'absurdité de la guerre. Il a aussi de bonnes idées sur la magie et les interactions entre enfants et animaux. Mais le tout ensemble ne fait pas bon ménage et devient indigeste.
Mais cet auteur a d'autres titres à son actif, qui peut-être me plairont plus, car si l'alchimie cette fois ne m'a pas plu, les ingrédients eux étaient plutôt savoureux.

81raton-liseur
Jan 29, 2020, 2:14pm

The previous message was my last book review for 2019. It comes a bit late and, as my 2020 list is well underway, I feel that it is too late to make some kind of concluding notes. Maybe just stating that this new adventure (as it was my first year in Club Read) was a positive experience. Despite the fact of writting my reviews in French, there has been a bit of conversation going on, and most of all, I enjoyed starting again to write regularly those book reviews.
I have an impressive list of reviews this year, due to an important chunck of time, in the first half of the year, spent in public transport, where I audio-read. This is not anymore the case, so reviews will be less frequent, but I do hope to get to an average of 52 books, plus a few children and young adult books and some grphic novels or comic books.
So definitely, I am in for 2020, with no specific goal except reading great books, reading great reviews from you guys, and enjoying the company!